Valence à l’époque napoléonienne – Il Piccolo

VALENCE – Le déclenchement de la Révolution française trouve divers partisans à Valence, principalement dans le milieu bourgeois intellectuel mieux informé, mais bientôt la campagne antireligieuse et la “Terreur” font naître un sentiment anti-français opposé.. C’est dans ce cadre que s’inscrit la descente de Napoléon Bonaparte en Italie.

À la fin du XVIIIe siècle, l’un des plus beaux palais de Valence, le Palazzo Pellizzari, a été construit. (aujourd’hui l’hôtel de ville), qui a accueilli Napoléon en 1810, tandis que le Palazzo Valentino (à l’époque l’hôtel de ville) a été entièrement rénové.

En 1796, sans compter la garnison militaire, Valence comptait environ 5 000 habitants (dont Monte avec 350), dont 452 ecclésiastiques, médecins, notaires et “domestiques”, 1 500 agriculteurs, 250 artisans et commerçants, 435 propriétaires. Il y avait 61 soldats valenciens sous les armes, tandis que dans la ville il y avait 53 frères et 46 religieuses. Lazzarone comptait environ 500 habitants. La ville voisine de Pecetto comptait 1 400 habitants et 12 prêtres.

Les Français, de retour de deux années de super-violence (Terreur, 1792-93), violent en 1794 la neutralité de la République génoise et le baron Giuseppe Pernigotti, gouverneur de Valenza, doit prendre des mesures pour accueillir 400 réfugiés de Toulon provenant de la Principauté d’Oneglia. Alors que la guerre approche, dans la ville il y a des troupes autrichiennes consistantes, mais le jeune général Napoléon, en 1796, avec 30 mille républicains, avance rapidement en apportant des victoires sur les Autrichiens et les Piémontais.. Après la fragile Paix de Paris, les Français obtinrent quelques forteresses parmi lesquelles Valenza, utile pour le passage du Pô, exploitée par Bonaparte lui-même jusqu’à la bataille de Lodi (et l’entrée dans Milan, 1796) pour menacer les voisins autrichiens, avec des effets de guerre inhabituels en “stand by” pour notre ville.

La peur fait que quatre-vingt-dix reste plus que jamais d’actualité et que la psyché des Valenciens disparaît presque de la scène, si ce n’est qu’à partir de maintenant commence l’une des périodes les plus importantes de l’histoire moderne de l’Italie : celle de l’invasion des armées révolutionnaires françaises (1796-1799), de l’éphémère tentative de restauration par les armées austro-russes (mai 1799-juin 1800), de la participation à la politique napoléonienne, d’abord comme république, puis comme royaume satellite, jusqu’à la Restauration.

Bonaparte prend le pouvoir en France (novembre 1799), entame la deuxième campagne d’Italie, vainc les Autrichiens à Marengo (14-6-1800) et réaffirme la domination française sur ce territoire. L’ère franco-napoléonienne soulève le couvercle des conservatismes les plus obtus et va permettre de construire un monde nouveau. L’entrée dans l’orbite française aura de nombreuses conséquences positives également pour Valence : une vision unitaire du pays, la modernisation de formes décrépites de coutumes, une idée de la politique ouverte et non plus fermée dans le secret d’un petit groupe.

Au début, tous les Valenciens s’empressent d’accepter les coutumes de la France, de trouver les nouvelles idées charmantes et sérieuses, mais il apparaîtra bientôt que les Français, grands amoureux de la liberté, n’aiment pas trop celle des autres….. Le diable se manifeste dans tout bon récit dans les détails. Ils ne sont pas peu nombreux.

Entre-temps, en décembre 1798, la “municipalité valencienne” (département de Tanaro jusqu’en 1799) de type français est formée : sans plaire à personne, ou presque, dans la pratique elle ne compte pour rien. Trop malade du manichéisme, elle est composée des citoyens : Angelo Foresti, Pietro Chiesa, Maria Marchese, Giovanni Oliva, Tommaso Richini et Menada ; président Lebba, secrétaire La Thuille, sous-secrétaire Quaglia. Ce sont presque tous les mêmes acteurs qu’auparavant qui, avec de brillants sauts périlleux acrobatiques, récitent maintenant un autre scénario dans un mélange de contradictions, gonflé d’hypocrisies triomphalistes. Il n’y a même pas l’empressement à se damner pour une cause à laquelle personne ou presque ne croit.

Un an plus tard, en février 1799, la nouvelle municipalité, forgée par deux commissaires-citoyens-organisateurs, peu désinvoltes, du département d’Alessandria, est renouvelée avec Angelo Foresti (président), Carlo Biscossa, Fedele Majoli, Marc’Antonio Mazza, Giovanni Antonio Pastore, Tommaso Richini, Francesco Terraggio ; le secrétaire Vittorio

Lebba et le secrétaire Giovanni Battista Quaglia. Une crise structurelle de la ville est rapidement apparue. D’une part, certains bourgeois et intellectuels prennent parti en faveur du nouveau gouvernement franco-valencien, découvrant soudainement les vertus des nouveaux dirigeants qui étaient inconnues auparavant, ou peut-être ont-ils simplement peur de perdre leurs privilèges ; d’autre part, les forces paysannes, instiguées par le clergé local, donnent vie à un mouvement réactionnaire hostile aux Français qui devient de plus en plus intense.

En mars 1799 (entrée avec dévastation des soldats français dans la ville), ce type d’insurrection est momentanément contenu mais certainement pas dompté. Pendant que Napoléon est en Égypte, l’alliance européenne contre la France (Autriche, Angleterre et Russie) est renouvelée et la guerre reprend. Les Français, vaincus sur l’Adige, sur le Mincio et à Cassano par les Russes et les Autrichiens, se sont retirés dans nos régions, tenant garnison avec une chaîne d’avant-postes sur les collines autour de Valenza.

Pour débusquer le général français Jean Victor Marie Moreau de ces positions, le commandant russe Suvorov ordonne au général russe Andrei Grigorevich Rosenberg d’attaquer Valenza. La bataille a lieu entre Mugarone et Pecetto où ils perdent la vie… …des milliers de combattants. Enfin, suscités par des frères et des prêtres, les Valenciens aussi (avec une dragonne de “Messe chrétienne”) se soulèvent contre les Français qui réagissent sans pitié ; cependant, désormais courbés, ils abandonnent la place en se rapprochant de leur patrie (Cuneo, Tenda). C’est ainsi que les Austro-Cyriens (gouverneur de la ville Munkatsij) sont revenus pour une brève et damnable période (mai 1799-juin 1800). Cosaques et Dragons bivouaquent dans la ville. Les chroniques nous parlent de jours de terreur. Pillages, vols, violences et brimades en tous genres. Les femmes ne quittent pas leur foyer, les plus jeunes vivent cachés. Des bandes de voleurs rusés ajoutent aux diverses calamités en détroussant même les Russes. Comme toujours, dans les actions odieuses de ces voyous, il y a souvent aussi une rébellion contre les iniquités constatées.

Valence a été dépouillée par les Français et maintenant par les alliés anti-français. Bien sûr, les Jacobins locaux sont raillés et persécutés, mais, après un an, la chance change de camp. Napoléon, de retour d’Égypte, descend sans crainte des Alpes et, en une seule bataille (toujours chez nous), récupère tout le pays que les Alliés, au prix de tant d’efforts et de nombreuses batailles sanglantes, avaient occupé. Avec la victoire de Marengo (14 juin 1800), et l’épinicium relatif, les Français reviennent définitivement aussi à Valence (21 juin 1800), revigorant les esprits républicains et suscitant espoirs et enthousiasme, parmi pas mal d’abstractions emphatiques des Lumières.

Mais avec un appareil de répression extraordinaire, aveuglé par une exaltation de la toute-puissance et avec le parfum de nouveaux impôts.

Le vaste complexe de la Villa “La Voglina” à Valenza, un manoir historique situé au sommet de la Colla, conçu par Filippo Juvarra (1678-1736), a été utilisé par Napoléon comme quartier général avant la bataille de Marengo.

À partir de 1802, tout le Piémont est uni à la France, la Cisalpine prenant le nom de République italienne. En 1804 le Premier Consul Napoléon devient Empereur des Français. Dans le Palais Municipal de Valenza est exposé un registre où les Valenciens donnent leur vote pour l’élection de l’Empereur : les votes positifs dépassent la moitié des citoyens actifs dans le registre civique. Le Valencien Matteo Annibaldi et le Colonel de la Garde, Marc’Antonio Mazza, étaient présents au couronnement à Paris avec un “commandement”.

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Soyons clairs, ce n’est pas une grande ville, mais ce n’est pas non plus une petite ville, cette Valenza française qui se termine à la hauteur de la via Lega Lombarda – via Mazzini, fermée entre deux vallées à l’est et à l’ouest et le Pô au nord, qui en 1801 comptait 5.432 habitants, dont 3.800 en ville et le reste à Monte et à la campagne.

La religion est de plus en plus flexible et discutable. Dans l’ancien couvent des Franciscains, puis des Dominicains (érigé à la fin de ‘500 et dédié à S.Giacomo), fonctionne le Séminaire (ouvert en 1788, c’est la première véritable organisation locale d’études) pour les clercs (environ 40) de la partie du diocèse de Pavie qui dépend de la Maison de Savoie, fréquenté ensuite à partir de 1800 par des étudiants internes et externes (environ 80) : principal promoteur le vicaire Orazio Cavalli, premier recteur don Vincenzo Poli. En raison des divisions ultérieures du diocèse, le séminaire ne dura que quelques années (jusqu’au retour des Français en 1800) et fut ensuite définitivement supprimé en 1817, lorsque Valence fut agrégée au diocèse d’Alessandria. Le curé de la paroisse, à partir du 2-8-1797, était Francesco Marchese.

Pendant quatorze ans (1800-1814), la domination napoléonienne, initialement avec le département de Marengo créé en 1801, a contrôlé tous les aspects de la vie communautaire par une politique rigide de centralisation bureaucratique et d’exploitation impérialiste, imposant la langue française dans tous les actes et emplois publics, les réformes législatives, les droits à payer sans fin, la conscription obligatoire, les contraintes et les limitations moqueuses. À partir de 1805, le canton de Valence fait partie de l'”arrondissement” d’Alessandria.

Alors que le gouvernement français alimente le mécontentement populaire par ses excès, le parti “royaliste”, composé de royalistes locaux, fomente la haine et travaille activement dans la clandestinité. Cette braise qui couve permet à la délinquance de s’implanter tranquillement dans la région, de s’organiser et de prendre des couleurs politiques. Dans cet environnement la légende de “Mayno della Spinetta”, qui deviendra le brigand le plus célèbre, surtout pour la taille de sa bande, avec des nouvelles pas toujours vraies mais souvent plausibles.

Les signes publics de la religion sont supprimés, la pluralité est garantie au niveau formel par des codes, tandis que sur les motifs chacun a les siens. En réalité, les belles et honnêtes intentions d’égalité, de fraternité, de liberté sont sur le point d’être étouffées par les intérêts économiques de la riche bourgeoisie qui veut exclure de certains avantages non seulement l’aristocratie mais aussi la majorité de la population valencienne. C’est l’utopie révolutionnaire qui se plie au pragmatisme de l’intérêt.

A l’époque napoléonienne, la ville est néanmoins privée de plusieurs ouvrages… (l’église de la Sainte Trinité, qui servait d’abri aux troupes, a été presque entièrement dépouillée de ses biens) ; parmi les éléments détruits, on remarque la fortification de la ville avec ses portes garnies. C’est Napoléon lui-même, par une disposition du 2 mai 1805, qui a ordonné la destruction des fortifications (murs de la ville) dans le but de se procurer des matériaux pour l’agrandissement de la citadelle d’Alessandria. Pour des raisons tactiques, puisqu’ils servaient de protection contre les glissements de terrain, seuls quelques tronçons des murs de la ville vers le Pô ont été épargnés, le bastion Colombina (dont il ne reste aujourd’hui que des parties de la courtine qui, s’étant effondrée en partie, a laissé en vue la structure archivée) et la Rocca, aujourd’hui à l’abandon, (un petit ermitage en ruine qui a ensuite été rasé en 1850), situés dans la partie la plus haute et la mieux défendue de la ville (zone oratoriale). Autrefois, la forteresse était située à côté du château médiéval (résidence des seigneurs féodaux) qui a été démoli au milieu du XVIe siècle.

Le peuple, narcotisé par la rapidité des initiatives avec lesquelles les Français se déplacent, craint la contrainte militaire, et les paysans subissent le dépouillement habituel effectué par les armées… (foin, grain, vin, animaux même pour le travail). Alors que les nombreux prêtres à l’ancienne, avec ce murmure mystique incessant des bigots et des âmes pieuses, effrayés par les profanations et le trop grand nombre d’incroyants (et les craintifs), craignent une suppression du culte. Bien qu’ils semblent vitupérés les jours impairs et courtisés les jours pairs.

Mais surtout, dans la période napoléonienne, la famine atteint à certains moments des sommets avec les maladies et la peste ; pourtant, pas mal de Valenciens interprètent la genèse française comme l’aspiration la plus importante à la démocratie et à la liberté.

Les idées anticléricales apportées par la Révolution française favorisent également les épisodes stigmatiques. Dans ce climat, le monastère des SS. Annunziata fut supprimé (1802) et l’église fut confiée à la confrérie de S. Rocco et S. Sebastiano (en 1835 elle passa aux Camilleri et en 1866, pour la deuxième suppression des corps ecclésiastiques, de nouveau à la confrérie de S. Rocco). Le couvent et l’église des Capucins disparaissent, le couvent de Santa Caterina est liquidé et démembré (divisé en lots et vendu à Marchese, Comolli, Foresti et De Cardenas, il passe ensuite à la confrérie de S. Bartolomeo). Bartolomeo), cette œuvre importante (30 religieuses et 10 converses, réduite en 1801 à seulement quatre doyennes avec l’abbesse Regina Tibalde et la prieure) était le fleuron du tissu religieux et social de Valence ; de nombreuses familles nobles ou riches y envoyaient leurs filles. En outre, les locaux du couvent supprimé de San Francesco (1804) sont utilisés comme habitation, l’église comme abri pour le fourrage.

Ils n’ont pas quelques difficultés même les confréries religieuses sectaires et insaisissables fournies avec leurs églises respectives, qui sont : SS. Trinità, San Bartolomeo, San Giacomo Maggiore, San Rocco et San Sebastiano, San Giovanni Decollato (à l’intérieur duquel étaient enterrés les condamnés à mort, en 1793 il fut transformé en entrepôt militaire) et le plus ancien et le plus rigoureux San Bernardino (construit vers 1500, au XVIIe siècle il s’est enrichi d’une centaine de confréries) qui a toujours tendu les bras pour accueillir les malades et les personnes en désarroi. Mais le choc le plus fort est venu de la conscription obligatoire voulue par les Français, qui a soustrait une partie de la jeunesse valencienne aux études et au travail, mettant en crise l’artisanat, l’agriculture et le commerce.Plusieurs jeunes Valenciens, dont l’âge touchait soudainement à sa fin, ont été envoyés mourir dans des pays lointains sous un drapeau étranger. Si c’est ça le progrès, vive le passé. Ainsi, tout bien considéré, les Valenciens pousseront un soupir de soulagement lorsqu’ils entendront parler de Waterloo.

Les maires de l’époque (avec des sympathies napoléoniennes), ou mieux “Maire” à la française, sont Ricchini de 1801, Del Pero de 1806 (Maire ajouté Annibaldi-Biscossa), De Cardenas de 1813 (choisi pour jouer le rôle de bouc émissaire, il partira en claquant la porte), Cordara Pellizzari de 1814 (un riche funambule sur une corde désormais instable). Probablement des politiciens serviles de circonstance mais non accidentels, plus que les chefs d’orchestre sont des éléments de mobilier, soumis à genoux à la volonté des Français dans le but de tomber toujours sur leurs pieds.

Napoléon, en peu de temps, disparaît dans les froides et désolées plaines russes, dans lesquelles il s’est imprudemment poussé en 1812. Des batailles acharnées s’ensuivent, mais le grand élu est finalement renversé. Après la chute de la fougueuse étoile impériale, Napoléon Bonaparte, et le Congrès de Vienne (qui a redessiné l’ordre européen), les souverains européens sont revenus sur les trônes dont ils avaient été chassés et ont dépeint l’empereur vaincu comme un ogre sanguinaire. C’est l’heure du “chacun pour soi”, et les traîtres sont nombreux.

Ensuite, comme un malheur ne vient jamais seul, Valenza (Mandamento dans la province d’Alessandria) subit non seulement la restauration savoyarde, mais aussi l’installation d’une Sentinelle autrichienne jusqu’en 1823 (la protection militaire imposée d’environ 600 hommes, gardiens de l’ordre restauré depuis 1815) qui pèse, comme toujours, sur les épaules des contribuables valenciens. Actuellement, la population valencienne compte environ 6 400 résidents (dont les 500 de Monte), tandis que Lazzarone compte environ 500 résidents.

Les anachronismes de l’ancien régime reviennent, les abus juridiques, les privilèges féodaux qui mortifient le peuple, l’ancien ordre communal, les vapeurs d’encens, les monastères et le monopole ecclésiastique de l’éducation…On remet les perruques, les modes anciennes reviennent, on déclare nuls les mariages civils contractés à l’époque des Français, on veut rétablir les comportements anciens, mais cette réapparition de l’ancien ne plaît pas aux Valenciens imbus de principes libertaires. Il s’agit d’une tentative absurde d’effacer la révolution et l’époque napoléonienne, en revenant à la vieille alliance entre le trône et l’autel et à un gouvernement local fermé au dialogue et à la recherche de lui-même, dominé par la noblesse terrienne, avec un retour aux vieilles méthodes du passé. Mais le triomphe de la réaction, après l’esprit républicain apporté par les Français, sera bref.