21 janvier 2021
Une étude montre la persistance du mariage d’enfants au Canada

Une étude montre la persistance du mariage d’enfants au Canada

Le Canada est à l’avant-garde des efforts mondiaux visant à mettre fin au mariage d’enfants à l’étranger. Pourtant, cette pratique reste légale et persiste dans tout le pays. Au Canada, plus de 3 600 certificats de mariage ont été délivrés à des enfants, généralement des filles, âgés de moins de 18 ans entre 2000 et 2018, selon une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l’université McGill. Ces dernières années, un nombre croissant de mariages d’enfants ont été des unions de fait.

Le mariage des enfants, défini comme le mariage formel ou informel (union libre) avant l’âge de 18 ans, est un indicateur mondialement reconnu de l’inégalité entre les sexes, car les conséquences négatives sur la santé et le développement personnel touchent les filles de manière disproportionnée. Alors que de nombreuses recherches ont porté sur les pays en développement, dans les pays riches comme le Canada, les pratiques de mariage des enfants sont négligées et sous-étudiées.

En utilisant les données des agences de l’état civil et des recensements récents, les chercheurs ont constaté que le mariage d’enfants reste en pratique d’un océan à l’autre, les estimations les plus élevées de mariage formel se trouvant en Alberta (0,03 %) et au Manitoba (0,04 %), et les estimations les plus élevées de tout type de mariage d’enfants (formel ou en union libre) en Saskatchewan (0,5 %) et dans les territoires (1,7 %). L’étude, publiée dans Revue de la population et du développementest le premier à faire la lumière sur la fréquence des mariages d’enfants dans le pays.

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Nos résultats montrent que le Canada a son propre travail à faire pour respecter son engagement envers les objectifs de développement durable des Nations Unies, qui demandent de mettre fin au mariage des enfants d’ici 2030″.

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Alissa Koski, co-auteur, professeur adjoint, département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail, Université McGill

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Les chercheurs ont constaté que les enfants nés au Canada sont légèrement plus susceptibles de se marier que ceux nés à l’étranger. Plus de 85 % de tous les certificats de mariage accordés aux enfants ont été délivrés à des filles, qui épousent généralement des conjoints beaucoup plus âgés. Selon les chercheurs, ce schéma sexospécifique est conforme aux pratiques de mariage d’enfants observées dans le monde entier.

Les unions libres sont plus fréquentes

L’étude montre que la plupart des mariages d’enfants de ces dernières années ont été des unions libres. En 2006, le mariage formel représentait plus de la moitié des unions d’enfants. En 2016, le mariage formel ne représentait plus que 5 % et les unions libres étaient vingt fois plus nombreuses.

“Alors que le nombre de certificats de mariage délivrés à des enfants dans tout le pays a diminué, il est possible que des individus optent pour des unions plus informelles en réponse à la désapprobation sociale croissante du mariage des enfants”, affirment les auteurs. Il est donc de plus en plus difficile de déterminer dans quelle mesure le nombre de mariages d’enfants a réellement diminué ou si les préoccupations relatives aux conséquences sociales ou juridiques ont entraîné des changements dans les comportements de signalement.

Les unions informelles peuvent être tout aussi néfastes que les mariages formels, selon les chercheurs. En fait, les unions informelles offrent souvent une protection sociale, juridique et économique moindre. Au Québec, par exemple, les personnes vivant en union libre n’ont pas droit à une pension alimentaire ou au partage des biens si l’union prend fin. Cela soulève des questions sur la meilleure façon d’aborder le problème. La prévention des unions libres chez les enfants nécessitera des approches différentes et innovantes qui s’attaqueront aux motivations profondes de cette pratique.

“La persistance de cette pratique au Canada met en évidence certains des défis inhérents à l’éradication totale du mariage des enfants et révèle une incohérence importante entre les lois nationales du Canada et ses politiques mondiales”, déclare la co-auteure Shelley Clark, professeur de sociologie James McGill à l’université McGill. Les prochaines étapes consisteront à examiner les conséquences du mariage des enfants sur la santé mentale au Canada et à étudier les motivations de cette pratique.

Source :

Référence du journal :

Koski, A &amp ; Clark, S (2021) Child Marriage in Canada. Revue de la population et du développement. doi.org/10.1111/padr.12369.