Un avion de la flotte de l’ex-dictateur roumain vendu aux enchères – FRANCE 24

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Bucarest (AFP)

Avec «République socialiste de Roumanie» jadis arboré de son côté, un avion Rombac, appartenant à la flotte de l’ex-dictateur Nicolae Ceausescu, est passé sous le marteau jeudi et a finalement été vendu 120 000 euros (146 000 dollars).

Quelque 150 collectionneurs et passionnés d’aviation étaient attendus pour concourir – en ligne et par téléphone – pour ce que la maison de vente aux enchères Artmark a appelé le «bijou» de la vente, qui portait un prix de départ de 25 000 euros (30 500 dollars), a déclaré à l’AFP la porte-parole Alina Panico.

Lors de la même vente aux enchères, un modèle de voiture de luxe Paykan Hillman Hunter offert à Ceausescu par le Shah d’Iran en 1974 a été vendu 95 000 euros (115 000 dollars) à un collectionneur roumain.

Le Rombac Super One-Eleven moyen-courrier a été fabriqué à Bucarest sous licence de la British Aircraft Corporation (BAC), faisant du pays le premier en Europe de l’Est à produire des avions.

Lancé en 1986, il a fait partie de la flotte de Ceausescu jusqu’en décembre 1989, date à laquelle il a été renversé et, avec sa femme Elena, exécuté.

– ‘Couronnement’ –

Considérée par Ceausescu “comme un couronnement de l’industrie roumaine”, selon Artmark, elle était la cinquième des neuf construites dans le cadre d’un contrat de 300 millions de livres.

«Nous étions fiers de ce type d’avion, qui comprenait à l’époque des solutions de pointe», a déclaré Gheorghe Marica, un pilote militaire à la retraite qui a piloté l’avion.

Ceausescu avait exigé que ses avions comprennent une chambre et un bureau, où lui et sa femme pourraient jouer à leur jeu de backgammon préféré, selon un ancien pilote de Boeing du couple, qui a demandé l’anonymat.

Ce pilote de Boeing et plusieurs autres ont déclaré à l’AFP que Ceausescu ne voyageait pas dans le Rombac lui-même, comme l’a dit Artmark, mais préférait plutôt un Boeing 707.

Après la chute de Ceausescu, l’avion a été inclus dans la flotte de la compagnie aérienne d’État Romavia. Il a été prêté pendant un certain temps au Pakistanais Aero Asia avant d’être laissé dans un hangar.

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Romavia a fait faillite en 2014 et ses actifs ont été mis en vente.

Pour éviter qu’il ne soit vendu à la ferraille, une poignée de passionnés a obtenu en mars le statut de «patrimoine national» du Rombac auprès du gouvernement actuel.

“Le dispositif ne peut être ni démembré ni modifié, et surtout ne peut pas quitter le territoire roumain”, a déclaré à l’AFP Adrian Ciutan, l’ancien technicien de Rombac derrière la campagne.

Mais elle pourrait être exposée ou – avec un investissement important – être relancée.

“Il est difficile de le faire revivre. Il devrait être re-motorisé car ses moteurs actuels ne sont pas autorisés en raison du bruit qu’ils font. De plus, ses pièces sont périmées”, a déclaré Marica.

– Accueil royal –

L’histoire de l’avion remonte à la visite d’État de Ceausescu au Royaume-Uni en 1978, la première du genre pour un dirigeant communiste.

Considéré à l’époque comme un dissident au sein du bloc soviétique, le dictateur – qui dirigeait la Roumanie à partir de 1965 – a été fêté avec une promenade en calèche dorée jusqu’au palais de Buckingham aux côtés de la reine Elizabeth II et un banquet d’État organisé en son honneur.

Les Britanniques voulaient “briser la glace avec les pays communistes et avaient choisi de le faire par l’intermédiaire de quelqu’un qui s’était éloigné de Moscou”, a déclaré Marica à l’AFP.

BAC a également salué le projet car il lui était de plus en plus difficile de vendre ses avions, jugés trop bruyants, selon le pilote de Boeing.

Bien que la Roumanie se soit engagée à fabriquer 80 avions sous licence BAC, le premier Rombac prenant son envol en 1982, le gouvernement a abandonné le projet en 1990 après la chute de Ceausescu.

Sur les neuf construits, certains ont volé sous les couleurs d’une petite entreprise, LAR, créée par le régime communiste avec pour unique destination Tel Aviv.

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La Roumanie était le seul pays de l’ancien bloc communiste à maintenir des relations diplomatiques avec Israël après la guerre des Six jours de 1967.

D’autres ont été loués dans les années 80 par la société nationale Tarom à la société low-cost Ryanair.

Il ne reste aujourd’hui que l’avion présidentiel et un deuxième Rombac, également mis en vente aux enchères de jeudi au même prix de 25 000 euros et qui se sont vendus 160 000 euros (195 000 dollars).

Les autres ont été démembrés ou abandonnés dans les aéroports du monde entier.