23 octobre 2020

L’homme le plus riche d’Inde, Mukesh Ambani, parie-t-il sur la guerre technologique entre les Etats-Unis et la Chine ?

Le tsar de la pétrochimie Mukesh Ambani prévoit d’inscrire sa jeune entreprise numérique à l’étranger, a rapporté Bloomberg News mardi, citant des personnes ayant connaissance de l’introduction en bourse de Jio Platforms, prévue dans les 12 à 24 prochains mois.

Il serait logique d’aller à la Bourse de New York ou au Nasdaq. Les entreprises technologiques chinoises cotées en bourse aux États-Unis, telles que JD.com et NetEase, cherchent une alternative plus proche du continent au cas où les tensions entre Washington et Pékin s’aggraveraient, comme l’a écrit cette semaine ma collègue Nisha Gopalan. Alibaba a tenu une cotation secondaire à Hong Kong en novembre. Washington envisageant une série de sanctions contre des fonctionnaires et des entreprises chinoises pour sanctionner la répression de Pékin sur Hong Kong, le moment est peut-être venu de faire valoir aux investisseurs américains le potentiel de l’autre marché Internet, qui compte plus d’un milliard de personnes.

Une incursion fulgurante à l’étranger sera une démarche inhabituelle pour une famille qui a introduit la culture du capital-investissement en Inde. Dhirubhai Ambani, le défunt père de Mukesh qui a fondé l’empire, a réservé un stade de football à Mumbai en 1985 pour y tenir une assemblée des actionnaires du fabricant de textiles en polyester qu’il avait fait entrer en bourse huit ans plus tôt. Mais alors, Mukesh Ambani déplace déjà de vieux meubles, alors qu’il fait pivoter le fleuron des Reliance Industries pour l’éloigner d’un marché de l’énergie et des produits chimiques en surnombre. Dans le même temps, il renforce le bilan après sept ans d’une expansion de 100 milliards de dollars alimentée par la dette. Une grande partie de cette somme a été consacrée à Jio, l’opérateur de téléphonie mobile qui est devenu le plus important de l’Inde en moins de quatre ans.

Une émission de droits de 7 milliards de dollars, la première de Reliance en trois décennies, étayée par plus de 10 milliards de dollars levés en un mois grâce à la vente d’actions de Jio Platforms non cotées, pourrait contribuer à réduire à zéro la dette nette de 20 milliards de dollars de la société avant l’objectif fixé par Ambani pour mars 2021.

Une introduction en bourse aux États-Unis devrait donner aux nouveaux bailleurs de fonds de Jio, dont Facebook, KKR, Silver Lake Partners et General Atlantic, une meilleure évaluation sur un marché des capitaux plus profond que celui de Mumbai.

Wall Street sera-t-il assez hospitalier pour donner à Ambani, par exemple, une évaluation de 100 milliards de dollars ? (Alibaba, une entreprise plus mature, était évaluée à 168 milliards de dollars il y a six ans.) Jio Platforms, qui est centrée sur le réseau mobile 4G, est la pierre angulaire du triple jeu émergent de Reliance sur le transport, le contenu et le commerce.

Avec près de 400 millions de clients à son actif, Ambani doit prouver qu’il peut obtenir au moins 3 dollars de chacun d’entre eux chaque mois. Aussi modeste que cela puisse paraître, ce n’est pas une tâche facile quand le revenu par utilisateur n’est actuellement qu’un peu plus de la moitié.