L’impact mondial de George Floyd : France – Yahoo News

George Floyd a été tué à Minneapolis, mais à des milliers de kilomètres en France, sa mort a déclenché des protestations sans précédent contre les violences anti-noires – dont les racines sont bien différentes de celles des États-Unis, mais dont l’expérience n’est que trop familière. Norman Araji, professeur de théorie critique de la race à l’Université de Villanova, et Nathalie Etoke, professeure agrégée d’études francophones et africaines au Graduate Center de CUNY, rejoignent CBS News pour en savoir plus.

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NATHALIE ETOKE: Il y a aussi cette tendance française à croire que le racisme est un problème américain, vous savez, une invention américaine. Ainsi BLM propose une grammaire de la race et du racisme et de la libération qui remet en cause l’effacement et le silence du racisme systémique en France.

[MUSIC PLAYING] [NON-ENGLISH CHANTING]

Aux États-Unis, vous avez ce que j’appellerais l’histoire de l’origine. À l’exception des Amérindiens, tout le monde venait de quelque part, certains volontairement, d’autres involontairement. Ils ont été kidnappés. Vous avez un certain type de récit, et l’esclavage s’est produit sur le continent. La France, c’est différent. Tout s’est déroulé en dehors du continent européen.

Vous avez donc ce clivage entre la France située en Europe, la France située partout dans le monde, c’est-à-dire l’empire colonial français.

ENSEIGNEMENT NORMAND : La différence est que les Français ont tendance à ignorer cette histoire parce que leurs colonies esclavagistes sont loin, parce qu’elles sont outre-mer.

NATHALIE ETOKE: Il y a ce refus de prendre en compte l’histoire de l’esclavage et de la colonisation et comment la race en faisait partie et comment nous traitons toujours cet héritage.

Pas de paix. Pas de paix. Pas de paix. Pas de paix.

NATHALIE ETOKE: La façon dont les Français blancs pensent à la race est à travers le prisme de l’immigration, cette idée que les Noirs ne peuvent pas être Français. Ils viennent toujours d’ailleurs. Par conséquent, lorsque vous êtes noir, les gens vous demanderont constamment, d’où venez-vous ?

ENSEIGNEMENT NORMAND : Nous sommes toujours en train d’essayer de reconstruire, reconstruire politiquement notre conscience, notre conscience panafricaine et noire.

[NON-ENGLISH CHANTING]

NATHALIE ETOKE: Je dois dire que, l’été dernier, la mort de George Floyd a donné une nouvelle vie au travail de plaidoyer et d’organisation, qui est devenu, vraiment, un mouvement national pour la justice sociale et raciale.

ENSEIGNEMENT NORMAND : C’est quelque chose qu’on n’a pas vu en France, beaucoup de protestations ou de manifestations. Mais ils ne se mobilisent pas spécifiquement pour George Floyd, n’est-ce pas ? Ils se mobilisent contre la violence anti-Noirs afin de rendre justice à leur propre peuple dans leur propre pays, dans leurs propres quartiers, dans leurs propres villes.

Parce que l’anti-Blackness est mondial. Parce que l’anti-Noir est, comme je l’ai dit plus tôt, l’anti-Noir fait partie de l’histoire de France. Cela fait partie de l’histoire allemande. Cela fait partie de l’histoire anglaise. C’est pourquoi les gens s’identifiaient, et je pense que cette chose a créé, au moins relancé, [INAUDIBLE] de la conscience internationale noire.

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Le défi auquel nous sommes confrontés est comment est-il possible d’organiser cette rage, d’organiser cette envie de lutter pour un monde post-raciste ? Il est très important de lier, je pense, toutes ces choses ensemble afin de transformer cette rage, cette colère et ce pouvoir qui exprime un moment précis comme la mort de George Floyd et afin de le faire durer des mois, des années, et peut-être pourquoi pas décennies.

NATHALIE ETOKE: Tant que les militants noirs français, ou les militants en France–français sont incapables de créer une langue ou un discours qui aborde vraiment la complexité de la colonisation française et de l’impérialisme, ça va toujours être difficile d’avoir cette conversation parce que les gens vont dire, eh bien , c’est le modèle américain. Ce n’est pas notre histoire. Ce n’est pas comme ça qu’on fait les choses. Je pense donc que les gens devront être créatifs. Sinon, ce sera juste une impasse.