L’homme vacciné de l’Europe – L’Atlantique

Il y a quelques décennies, le public français était majoritairement favorable à la vaccination. Mais une série de controverses sanitaires dans les années 1990 a commencé à ébranler sa confiance dans les vaccins et les responsables de la santé qui les promeuvent. La première a accaparé l’attention du public pendant des années. Un journaliste a révélé que le gouvernement avait sciemment distribué des transfusions de sang contaminé par le VIH, ce qui a entraîné des centaines de décès ; plusieurs ministres ont été accusés d’homicide involontaire (un seul, le ministre de la santé, a été condamné). La deuxième affaire concernait une augmentation des cas de sclérose en plaques, dont une partie de la population craignait qu’elle ne soit liée au programme gouvernemental de vaccination contre l’hépatite B. Bien qu’aucune preuve ne vienne étayer cette allégation, les autorités ont décidé de mettre fin au programme. Bien qu’aucune preuve n’ait étayé cette affirmation, le gouvernement a envoyé des messages contradictoires – un ministre a approuvé le programme, un autre l’a suspendu – qui ont miné la confiance du public.

Mais la réponse du gouvernement à l’épidémie de grippe porcine en 2009 a fait de la sécurité des vaccins un sujet de débat national. La France s’est lancée dans une campagne de vaccination de masse pour endiguer la propagation du virus, achetant plus de doses qu’il n’en faut pour couvrir sa population de 65 millions d’habitants. Le problème est que presque personne n’était prêt à les prendre. “Les Français ne voulaient pas se faire vacciner contre une maladie qui ne touchait pas vraiment la France”, explique Laurent-Henri Vignaud, co-auteur d’une récente étude sur le sentiment anti-vaccin en France. Avec moins de 325 décès liés à la grippe porcine dans le pays, beaucoup en veulent au gouvernement d’avoir dépensé des fonds pour des vaccins coûteux et inutiles ; les sociétés pharmaceutiques, soulignent les critiques, ont été les premiers bénéficiaires de la campagne. “Les doutes sur la politique de vaccination du gouvernement se sont transformés en doutes sur la vaccination elle-même”, m’a dit M. Vignaud. Au final, moins de 10 % de la population a été vaccinée.

L’année suivante, une enquête nationale a révélé que 38,2 % du public avait une opinion défavorable de la vaccination en général, contre 8,5 % en 2000. Il s’agissait d’un changement significatif, mais qui pouvait être mal interprété : Parmi ceux qui avaient une opinion défavorable des vaccins, seuls 5 % ont déclaré qu’ils étaient opposés à l’idée d’en recevoir. Les autres ont cité des vaccins spécifiques, notamment ceux contre l’hépatite B (12 %) et la grippe porcine (50 %).

Selon les chercheurs, cette distinction est importante car toute personne qui exprime une hésitation à l’égard des vaccins n’est pas nécessairement un anti-vaxx. “L’hésitation, par définition, est une sorte d’état indécis”, m’a dit Heidi Larson, directrice du Vaccine Confidence Project à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. En France, l’hésitation à se faire vacciner est la plus forte chez les femmes, les jeunes, les personnes les moins éduquées et celles qui votent aux extrêmes politiques. Parmi les raisons courantes, on trouve des inquiétudes quant à la sécurité et à l’efficacité des vaccins, mais le plus grand facteur d’hésitation est le manque de confiance dans l’État. “La confiance dans le gouvernement est une variable tellement forte”, a déclaré Larson, “et c’est bancal en France”.