Les tribunaux autrichiens font face aux retombées de la propagation du virus dans les stations de ski – FRANCE 24

Vienne (AFP)

La dernière fois que Sieglinde Schopf a embrassé Hannes, son mari depuis près de 50 ans, c’était avant qu’il ne monte dans un train pour aller skier dans la célèbre province alpine autrichienne du Tyrol en mars dernier.

Quelques semaines plus tard, en avril, l’homme de 72 ans, infecté par un coronavirus, est décédé seul, accroché à un lit d’hôpital.

«Mon monde entier s’est brisé en morceaux», dit Schopf, qui avait convaincu son mari de se rendre à Ischgl, qui a fini par devenir l’un des points chauds du coronavirus en Europe l’année dernière.

“Je ne peux pas me pardonner, parce qu’à la fin, je l’ai envoyé à sa mort.”

Un an plus tard, la sienne est l’une des 10 poursuites intentées par des plaignants d’Autriche et d’Allemagne qui demandent une indemnisation, alléguant que les autorités autrichiennes n’ont pas répondu assez rapidement aux épidémies de coronavirus à Ischgl et dans d’autres stations.

Plus de 6000 personnes de 45 pays affirment avoir été infectées – la majorité d’entre elles à Ischgl – où des touristes involontaires ont continué à skier, à boire et à faire la fête, alors que le virus se propageait, selon l’association autrichienne des droits des consommateurs VSV, qui recueille le plaintes.

– “ Large spectre ” de combinaisons –

Schopf estime que son mari, journaliste à la retraite et passionné de ski depuis son enfance, a attrapé le virus lors de l’évacuation paniquée en bus, bondé d’autres touristes qui éternuaient et toussaient depuis trois heures.

Lorsque l’Autrichienne a appelé son mari le 13 mars pour lui dire que le chancelier Sebastian Kurz venait d’annoncer la mise en quarantaine d’Ischgl, “ils étaient toujours sur les pistes de ski”, a-t-elle déclaré à l’AFP.

La veuve poursuit actuellement la République d’Autriche pour 100 000 euros (120 000 dollars) pour le décès de son mari.

D’autres demandent des dizaines de milliers d’euros de compensation pour avoir contracté le virus dans les stations de ski.

Les affaires devraient être entendues à partir de septembre, les dates initiales du procès en avril étant reportées en raison du dernier verrouillage de Covid-19, selon VSV.

D’autres poursuites sont également en cours, notamment par des plaignants de Belgique, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de Suisse, a déclaré à l’AFP Peter Kolba, responsable de VSV.

“C’est un spectre très large, allant des décès aux cas de long Covid” avec des lésions pulmonaires permanentes, a déclaré Kolba.

Sur les 6000 qui se sont plaints au VSV d’avoir contracté le virus, cinq pour cent souffrent de symptômes de longue durée de Covid, notamment des maux de tête, des troubles du sommeil et un essoufflement. Au total, 32 personnes sont décédées.

Une commission indépendante d’experts chargée d’enquêter sur l’épidémie a écrit dans son rapport publié en octobre que les autorités locales “avaient réagi trop tard” et commis “de graves erreurs de calcul” après que les autorités islandaises les aient alertées le 5 mars que plusieurs personnes avaient été testées positives à leur retour sur l’île. Etat.

A partir du 8 mars, au lendemain du jour où un barman d’Ischgl a été testé positif au Covid-19, “une évaluation correcte aurait dû conduire à la fermeture des bars, à l’arrêt des remontées mécaniques et à une gestion ordonnée des départs” des touristes d’Ischgl, indique le rapport. .

Au lieu de cela, le ski et la fête se sont poursuivis jusqu’au 13 mars.

Les autorités ont nié avoir agi trop lentement.

Quatre responsables, dont le maire d’Ischgl Werner Kurz, font l’objet d’une enquête du parquet de la capitale du Tyrol, Innsbruck, en relation avec l’épidémie.

– Leçon apprise’ –

Le rétablissement de la réputation d’Ischgl a depuis été primordial pour Andreas Steibl, le chef de l’association touristique locale, que l’enquête indépendante a absous de la responsabilité de l’épidémie de l’année dernière.

“Pour nous, la priorité numéro un est désormais la santé, car nous avons appris de l’expérience de l’année dernière”, a déclaré Steibl à l’AFP.

Un responsable de la régie régionale de la santé a confirmé qu’Ischgl n’avait «pratiquement aucun cas» de Covid-19 depuis le verrouillage il y a un an.

Avec la saison hivernale perdue à cause de la pandémie, le village d’environ 1 500 habitants qui vit presque entièrement du tourisme espère remplir ses hôtels et restaurants au cours de l’été prochain.

L’année dernière, des touristes de toute l’Europe ont déjà afflué vers les Alpes autrichiennes – beaucoup ont choisi cette option plutôt que de voler vers les destinations habituelles des îles grecques ou espagnoles.

Un couple dans les 80 ans, les Kaiser, qui ont voyagé en bus de tournée depuis Leipzig, en Allemagne, en juillet dernier, ont raconté comment leurs amis les avaient qualifiés de «fous» pour avoir réservé leurs vacances d’été à Ischgl.

Mais Manfred Kaiser, 84 ans, a déclaré qu’ils se sentaient particulièrement en sécurité à Ischgl parce que “tout le monde ici fait attention maintenant”.