Les pays de l’UE réprimandent les envoyés de la Chine pour les sanctions de rétorsion – FRANCE 24

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Paris (AFP)

La France, l’Allemagne et d’autres pays de l’Union européenne ont convoqué mardi des ambassadeurs chinois pour protester contre les sanctions imposées par Pékin à l’encontre de leurs ressortissants, alors que la Chine et l’Europe s’affrontent sur des accusations de violations des droits de la minorité musulmane ouïghoure en Chine.

La France a également réprimandé l’envoyé chinois pour son comportement “inacceptable” après qu’il ait posté une série de tweets visant des législateurs français et un chercheur.

La querelle diplomatique a éclaté après que l’UE, la Grande-Bretagne et le Canada ont inscrit lundi sur leur liste noire quatre anciens et actuels responsables de la région du Xinjiang, tandis que Washington, qui avait déjà pris des sanctions contre deux de ces responsables en juillet 2020, les a étendues aux deux autres.

Ces tensions interviennent alors que l’UE cherche à formuler une stratégie sur la Chine, à un moment où les tensions entre Pékin et Washington s’imposent comme le problème géopolitique numéro un dans le monde.

En décembre, l’Union européenne et la Chine avaient approuvé “en principe” un important pacte d’investissement dont Bruxelles espère qu’il ouvrira des perspectives lucratives, en dépit des préoccupations relatives aux droits de l’homme.

La Chine a rejeté avec colère les allégations de répression contre les Ouïghours et a réagi en interdisant l’entrée sur son territoire à 10 Européens, dont cinq membres du Parlement européen, ainsi qu’à deux organes et deux groupes de réflexion de l’UE.

– Dépasser les limites

En France, l’ambassadeur de Chine Lu Shaye s’en est pris aux législateurs français qui souhaitent se rendre à Taïwan, revendiqué par Pékin, ainsi qu’à Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine au sein du think tank de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Dans des messages sur Twitter, Lu a qualifié Bondaz de “petit voyou”, de “hyène folle” et de “troll idéologique” aux positions “anti-chinoises” après que Bondaz se soit plaint des pressions chinoises sur les législateurs français souhaitant se rendre à Taïwan.

“Les méthodes de l’ambassade, et le ton de ses commentaires publics, étaient totalement inacceptables et dépassaient toutes les limites communément acceptées par n’importe quelle ambassade dans le monde”, a déclaré un responsable du ministère français des Affaires étrangères, qui a demandé à ne pas être nommé, après la parution de Lu mardi.

La convocation avait été émise lundi, mais, en violation du protocole diplomatique standard, il a fallu un certain temps à Lu pour se conformer à la demande.

Le ministre de l’Europe, Clément Beaune, a déclaré plus tôt dans la journée de mardi que M. Lu avait snobé la demande initiale d’entretiens, l’ambassade de Chine à Paris invoquant des “problèmes de calendrier” dans un message sur Twitter.

“Ni la France ni l’Europe ne sont des paillassons”, a prévenu Beaune sur la radio France Info. “Quand on est convoqué en tant qu’ambassadeur, on rend visite au ministère des Affaires étrangères”.

L’Allemagne, l’un des principaux partisans européens de liens forts avec Pékin, a convoqué l’ambassadeur de Chine Wu Ken pour des “entretiens urgents” au ministère des Affaires étrangères.

L’envoyé a été informé “que les sanctions prises par la Chine à l’encontre de députés européens, de scientifiques et d’institutions politiques ainsi que d’organisations non gouvernementales constituent une escalade inappropriée qui tend inutilement les liens entre l’UE et la Chine”, a déclaré le ministère.

– Des abus “flagrants” –

À Bruxelles, une source gouvernementale belge a déclaré que l’ambassadeur de Chine devrait participer à une réunion plus tard dans la journée de mardi concernant les sanctions contre le législateur Samuel Cogolati, qui a proposé une motion au Parlement pour qualifier la répression des Ouïghours de “génocide”.

Les groupes de défense des droits estiment qu’au moins un million de Ouïghours et d’autres minorités majoritairement musulmanes ont été incarcérés dans des camps dans la région du nord-ouest, où les autorités sont également accusées de stériliser de force les femmes et d’imposer le travail forcé.

La Chine a fermement démenti les allégations de travail forcé impliquant des Ouïghours dans le Xinjiang et affirme que des programmes de formation, des programmes de travail et une meilleure éducation ont contribué à éradiquer l’extrémisme dans la région.

Mais Pékin a dû faire face à des accusations répétées de génocide de la part d’activistes, de certains corps législatifs et surtout de l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

Le ministère des affaires étrangères de la Lituanie a également convoqué l’envoyé de Pékin car l’un de ses législateurs était visé par les sanctions imposées en réponse à des abus “flagrants”.

“La Chine a été priée de s’attaquer aux violations des droits de l’homme au lieu d’imposer des contre-mesures”, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Et à Copenhague, l’ambassadeur de Chine Feng Tie a été convoqué au ministère des affaires étrangères après que Pékin ait sanctionné l’Alliance des démocraties, une organisation à but non lucratif fondée par l’ancien premier ministre danois et ex-chef de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen.