Les Kurdes syriens lancent une opération de sécurité et procèdent à des arrestations dans un camp de familles de victimes de l’EI – FRANCE 24

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Beyrouth (AFP)

Les forces kurdes ont procédé à des dizaines d’arrestations lors d’une opération de sécurité lancée dimanche dans un camp de familles présumées de militants du groupe État islamique dans le nord-est de la Syrie, ont indiqué un observateur de la guerre et des responsables kurdes.

Al-Hol est la plus grande colonie de ce type contrôlée par les autorités kurdes, qui préviennent qu’elle est en train de devenir une poudrière extrémiste après des dizaines de meurtres dans le camp depuis le début de l’année.

Il abrite près de 62 000 personnes, principalement des femmes et des enfants, dont des Syriens, des Irakiens et des milliers de personnes originaires d’Europe et d’Asie soupçonnées d’avoir des liens familiaux avec des combattants de l’EI.

“Plus de trente femmes et hommes ont été arrêtés” lors d’une vaste opération anti-EI dans et autour du camp d’Al-Hol, a déclaré Rami Abdul Rahman, responsable de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé en Grande-Bretagne.

“Les arrestations sont en cours” dans le cadre d’une opération de plusieurs jours menée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui sont la principale force de combat de l’administration régionale kurde, la milice kurde YPG et une force de police locale, a déclaré Abdul Rahman.

Des Syriens et des étrangers “soupçonnés de soutenir l’IS” ont été arrêtés, a-t-il dit.

Des responsables des FDS ont confirmé l’opération, l’un d’entre eux affirmant qu’elle durerait au moins 10 jours.

Un communiqué des FDS indique que 5 000 agents de sécurité ont été déployés à Al-Hol pour “protéger les résidents” pendant l’opération.

Le communiqué indique que neuf personnes, dont un “chef d’ISIS”, ont été arrêtées jusqu’à présent.

Une vidéo publiée par les YPG montre la milice faisant partir un groupe d’hommes vers des véhicules.

– Dégrader et perturber

La coalition dirigée par les États-Unis qui lutte contre les EI a déclaré qu’elle fournissait à ses partenaires des FDS un soutien en matière de “renseignement, de surveillance et de reconnaissance”.

“Le but de cette opération des FDS est de dégrader et de perturber les activités de Daesh dans le camp”, a déclaré à l’AFP le porte-parole de la coalition, Wayne Marotto, en utilisant un acronyme arabe pour IS.

Dans un communiqué séparé, la coalition a déclaré que l’opération kurde visait également à renforcer la sécurité des ONG travaillant à l’intérieur du camp.

Les FDS et leurs alliés de la coalition ont déclaré la défaite d’un “califat” autoproclamé de l’EI en mars 2019 après avoir évincé les djihadistes de leur dernier bastion en Syrie, dans le village de Baghouz (est).

De nombreux combattants d’IS se sont depuis réinstallés dans le vaste désert syrien près de la frontière avec l’Irak, d’où ils continuent de planifier et d’exécuter des attaques.

“La chute de la dernière parcelle de territoire de l’IS dans le nord-est de la Syrie ne signifie pas une défaite complète”, ont déclaré les FDS cette semaine lors d’une cérémonie marquant les deux ans de leur victoire contre les djihadistes à Baghouz.

“Le danger du groupe IS survit dans les milliers de prisonniers détenus dans les prisons ainsi que… leurs proches détenus dans les camps”, a-t-il ajouté.

De nombreux habitants d’Al-Hol considèrent le camp comme le dernier vestige du proto-État de l’EI que les djihadistes ont déclaré en 2014 sur de vastes étendues de la Syrie et de l’Irak.

– Ramenez les enfants à la maison

L’Observatoire a enregistré une quarantaine de meurtres dans le camp depuis janvier.

Les autorités kurdes affirment que des sympathisants de l’EI sont à l’origine de la plupart des meurtres, tandis que des sources humanitaires ont déclaré que des conflits tribaux pourraient être à l’origine de certains des meurtres.

Malgré les appels répétés de l’ONU et des autorités kurdes pour que les pays rapatrient leurs ressortissants, seul un petit nombre de personnes, principalement des enfants, a été autorisé à rentrer.

Un expert belge a averti cette semaine que les forces kurdes étaient en train de perdre le contrôle d’Al-Hol et a appelé les nations occidentales à rapatrier leurs ressortissants.

Les djihadistes sont de nouveau aux commandes, notamment parmi les quelque 10 000 “étrangers” d’Al-Hol, a déclaré à l’AFP Heidi De Pauw, directrice de l’association Child Focus qui a visité le camp.

“Nous devons ramener les enfants à la maison aussi vite que possible pour des raisons humanitaires et de sécurité”, a déclaré Mme De Pauw.

Dans un rapport publié le mois dernier, l’ONU a déclaré avoir documenté des cas de “radicalisation, de collecte de fonds, d’entraînement et d’incitation à des opérations extérieures” à Al-Hol.

Elle a également mis en garde contre le sort des quelque 7 000 enfants vivant dans une annexe spéciale destinée aux parents étrangers de l’EI.

La guerre en Syrie a tué plus de 388 000 personnes et déplacé des millions d’autres depuis la répression brutale par le régime des manifestations antigouvernementales en 2011.