Les camps comme celui de Moria sont le résultat d’un transfert de responsabilité – FinanzNachrichten.de

BRUXELLES/ANKARA (dpa-AFX) – Les camps de réfugiés surpeuplés sur les îles grecques de la mer Égée sont le résultat d’une politique migratoire qui s’est renvoyée la responsabilité pendant 30 ans, selon le politologue Maximilian Pichl. “Le récit selon lequel les conditions de Moria sont une “catastrophe humanitaire” occulte le fait que le “complexe de Moria” est le résultat de décisions et de calculs politiques”, peut-on lire dans un résumé de son analyse commandée par l’organisation de défense des droits de l’homme Medico International à l’occasion du cinquième anniversaire de la déclaration UE-Turquie.

Dans un contexte d’importants mouvements de réfugiés, l’UE et la Turquie, principal pays de transit, ont conclu cet accord le 18 mars 2016. Il prévoit notamment que la Turquie réprime les migrations non autorisées vers l’UE et que la Grèce renvoie en Turquie les migrants qui ont atteint illégalement les îles de la mer Égée. En contrepartie, l’UE accueillera un réfugié syrien en Turquie pour chaque Syrien renvoyé et apportera un soutien financier au pays pour l’accueil des réfugiés. Parallèlement, des camps ont vu le jour sur les îles de la mer Égée, où les migrants vivent encore aujourd’hui dans des conditions parfois déplorables. Le camp le plus connu, Moria sur Lesbos, a brûlé en septembre 2020.

“La politique d’externalisation remonte aux origines du régime d’asile européen commun”, écrit le juriste et politologue Pichl, de l’université Goethe de Francfort-sur-le-Main. Déjà lors des négociations des États de l’UE sur le règlement de Dublin au tournant du millénaire, la responsabilité de l’accueil des réfugiés a été transférée par des pays comme l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne aux États frontaliers extérieurs de l’UE. Ces derniers ont à leur tour tenté de transférer la responsabilité à des pays tiers par le biais d’accords bilatéraux. Le règlement de Dublin détermine quel pays de l’UE est responsable d’une demande d’asile.

Pichl critique un “manque de responsabilité et une irresponsabilité systématique” des acteurs politiques. L’UE, les gouvernements nationaux et aussi les organisations d’aide privées, qui soutiennent le système des camps par leur engagement, sont impliqués dans cette démarche.

Des camps comme celui de Lesbos avaient déjà existé sous une forme similaire dans des pays comme la Tunisie ou la Mauritanie, écrit Pichl. “L’approche des hotspots était une tentative, surtout de la part des États d’Europe centrale, de traiter le problème que la politique de relocalisation ne s’était manifestement pas avérée efficace et stable.” Mais il a déclaré que cela faisait une différence que ces camps existent dans le sud du monde ou en Europe même, où il existe un droit des réfugiés avec des normes d’accueil et des droits procéduraux. “Si l’UE était réellement guidée par les droits de l’homme qu’elle s’est fixés, elle ne devrait pas maintenir ou tolérer un tel système de camps.”/wim/DP/zb