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La Comédie des malentendus et les véritables inspirateurs de Dante

AGI – L’expert infaillible arrive et nous informe dans un journal allemand que Dante était un faux : faux génie, fausse langue, peut-être même était-il le faux ennemi d’un faux pape. Une magliarata de huit siècles. Si c’est le cas, il faut lui rendre hommage : il se moque de nous tous depuis quarante générations. Heureusement qu’à la fin, l’expert allemand arrive et vous explique les choses. Levez la main si vous n’avez jamais jeté un coup d’œil à votre voisin de bureau pendant un devoir de classe ou une dissertation sur Dante. Même les spécialistes et les professeurs, on pourrait le jurer, n’ont pas la conscience tranquille. Alors pourquoi Dante devrait-il être taxé de plagiat, de paresse mentale, d’incapacité à élaborer et de scopiazzatura, avec peut-être la faible prétention à l’appui que le voyage de Mahomet au paradis (XVIIe sourate du Coran, si nous ne nous trompons pas) l’a déjà gâté ? Ce serait comme dire que Goethe est un bouc émissaire simplement parce qu’il imagine le diable tentant l’homme (déjà dans l’Évangile de Marc, 1, 12-13) ou parce qu’il révèle à l’Europe qu’on peut se tuer par amour. Pauvre Lotte, tu n’es qu’une parmi des milliers, parmi les jeunes filles qui font quelque chose de vraiment grand pour être précieuses. Quant à l’allemand et à l’italien, ils ont un point commun : ils sont tous deux la synthèse de cent langues et de cent patois, qui les précèdent et leur survivent. Amenez une personne de Bergame dans les Pouilles et laissez-la parler en dialecte : tout le monde croira qu’elle vient de Hambourg. Faites venir un Bavarois dans le Mecklembourg et laissez-le s’exprimer dans sa langue vernaculaire, et tout le monde sera sûr qu’il vient de Bitonto. Même la langue dans laquelle s’exprime le Frankfurter Rundschau, à ce stade, est une langue de travail inventée avec art. Or, ce qui frappe dans cette critique, ce n’est pas tant le déni à Dante de la paternité de l’italien, car sa naissance fut longue et difficile et Jacopone et Cielo ont quelque mérite. Ce qui me dérange, c’est l’idée qu’il a copié, le petit homme, en utilisant peut-être Google Translate parce qu’il était incapable de comprendre l’arabe original. Parce que c’est vrai, copier est un art et on l’apprend à l’école pour la vie, mais dire que Dante copiait et collait du Coran n’est pas seulement peu généreux : c’est absolument trompeur. Une Comédie de malentendus, alimentée peut-être par un jugement qui, s’il avait été prononcé dans la Florence du XIVe siècle, aurait conduit à l’exil perpétuel. Si l’on voulait trouver un modèle, l’histoire de la littérature en est pleine et il n’était pas nécessaire de déranger le Prophète. Nous nous proposons donc d’être les souffleurs de l’expert sans imagination. Le livre de chansons au cœur de l’Anatolie Un contemporain de Dante était, par exemple, Jalal al-Din Rumi. Il a vécu en Anatolie centrale une génération avant lui : juste à temps pour être copié. Il écrivait dans ses textes que l’amour était la force de la création, et il se méfiait de l’Amor che move il sole e l’altre stelle. Dans ses textes (on les appelle “le grand recueil de chants” et on pense alors à Pétrarque : un autre faux colossal) dans ses textes, on a dit, on a lu : “Pour embrasser la rose / qui donne de la splendeur à la coupe / le monde montre maintenant sa langue / comme la fleur du lys”. Et voici que tombe l’âne : la rose, puis la Rose mystique du Paradis ; la coupe, puis les clins d’œil à la culture du Graal d’origine iranienne sur le modèle de Wolfram réalisé par Dante ; enfin le Lys, qui n’a pas besoin d’explication : on le porte encore sur les maillots de football. Mais si vous vouliez trouver un précédent apparemment inconfortable, pourquoi ne pas avoir pensé à Virgile ? Dante le connaissait pratiquement par cœur et l’Énéide (VI, 637-693) raconte la descente d’Énée dans l’Hadès. Seule Béatrice emmène Dante vers Dieu, tandis que Didon, le vaurien qui l’a séduite et abandonnée, l’envoie plus ou moins en enfer. Avant cela, Ulysse dans l’Odyssée (X, 562ss) avait fait de même, le précurseur. Donc même Virgile a copié. Même Homer. Tous se moquent de Gilgamesh, héros sumérien, qui interroge les dieux sur la vie après la mort et sur l’état de son compagnon Enkidu. Il est satisfait de sa soif de savoir, même s’il réalise plus tard qu’il aurait mieux fait de ne pas pétarader. Orphée a eu plus de chance en allant récupérer Eurydice, Proserpine est plutôt réapparue à la moitié de l’office, mais ce script du Bernin a quand même fait une statue d’elle. Les Italiens, bons seulement à prendre les idées des autres. Le rêve du chevalier Dit cela : tout est vrai, mais une chose est la descente dans l’Hadès ; une autre est le voyage dans l’au-delà chrétien. Et non, car là aussi il y a un précédent. Il est intitulé “Visio Tnugdali”, et est si bien connu que Sellerio l’a publié il y a des années en Italie. C’est l’histoire de Tnugdal, un chevalier celte d’Irlande, un grand pécheur qui, au milieu du voyage de sa vie, se retrouve dans un rêve cathartique, et voit l’enfer organisé en cercles sur la base des différentes catégories de péchés commis. Mais en y regardant de plus près, on découvre que le voyage entre l’île des bienheureux et l’île des damnés est l’un des points centraux des pérégrinations de Saint Brandan, lui aussi irlandais, qui reprend à son tour – selon certains – le récit de Bran le Bienheureux qui apparaît ensuite dans le Mabinogion, lequel contient à son tour les premiers récits arthuriens qui aident Chrétien de Troyes à idéaliser l’amour courtois qui est ensuite à la base de la femme de l’écran de Dante. Et là, le cycle se referme enfin. Ou pas, car c’est l’histoire éternelle de l’homme et de son espoir de voir la Rose mystique, qui fait bouger le soleil et les autres étoiles, et peut-être même la bonne littérature. Tout le reste n’est qu’un article de journal éphémère.