L’élection française de 2022 deviendra-t-elle un volcan politique? – Observateur équitable

Dans à peine 12 mois, les électeurs français seront invités à juger les cinq années de mandat d’Emmanuel Macron à la présidence de la Ve République. La plupart des experts des médias supposent paresseusement que cela se résumera à une répétition au deuxième tour du concours 2017: Macron contre la marque de feu de droite, Marine Le Pen. Macron a l’avantage théorique d’être le titulaire, mais Le Pen a l’avantage pratique de défier ce titulaire de bureau largement peu convaincant. Les Français sont sérieusement déçus de la politique de Macron, tout comme ils l’ont été avec les deux précédents présidents à un mandat, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Reportage sur les braises encore incandescentes du célèbre mais maintenant en sommeil gilets jeunes mouvement qui a secoué la France il y a deux ans, Marie Pouzadoux du Monde cite le politologue et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, Pascal Perrineau, qui suit le phénomène des gilets jaunes depuis ses débuts. Il le voit comme un mouvement de protestation profondément enraciné capable de resurgir à tout moment. Après une première perte d’élan lors du soi-disant «grand débat» de Macron, l’éclosion du COVID-19 et les restrictions à l’assemblée publique ont mis le mouvement dans un état d’animation suspendue.


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Relevant le climat politique actuel à l’approche de l’élection présidentielle de l’année prochaine, Pouzadoux note que «l’exécutif n’a en fait tiré« aucune leçon »de ce mouvement de contestation ou des revendications soulevées lors du« grand débat »qui l’a suivi. Perrineau propose ce récit de l’état des lieux: «Aujourd’hui, le fossé béant entre certaines catégories du peuple et les élites continue de se creuser, tandis que le mécontentement et la méfiance sont entretenus par la gestion verticale du pouvoir.

Perrineau voit grandir un «climat de colère hétérogène» qui ouvrira «un immense espace» à Marine Le Pen lors de l’élection de l’année prochaine. Tout simplement parce que, comme Donald Trump en 2016, Le Pen représente le genre de pari anti-établissement que les électeurs, confrontés à un choix désagréable, sont peut-être prêts à faire. Mais, contrairement aux États-Unis, la tradition française de protestation et de révolution ouvre une autre option. Perrineau sent l’émergence possible d’un mouvement de contestation inclusif qu’il qualifie de «éruptif et émotionnel», capable d’effectuer ce qu’il appelle «giletjaunisation»- le« Yellowvesting »de la société française.»

Définition du dictionnaire du diable quotidien d’aujourd’hui:

Éruptif et émotif:

L’équivalent dans le monde de la politique du terme à la mode «innovation de rupture» dans l’économie, présageant un changement de paradigme que personne n’anticipait

Note contextuelle

Le paysage politique français est dans un état de désarroi total depuis au moins une décennie. C’est ce désarroi qui a permis à Macron de se faufiler entre les mailles du filet et d’humilier les puissants partis politiques qui avaient confortablement partagé ou alterné l’autorité pendant les six décennies de la Cinquième République. Mais la France n’était pas seule. Les États-Unis et le Royaume-Uni en particulier ont connu un désarroi similaire au sein de l’électorat. Pourtant, malgré le bouleversement culturel et psychologique radical, les partis traditionnels ont maintenu leur domination et ont réussi à confirmer, même inconfortablement, leur autorité.

Contrairement à Occupy Wall Street ou au Tea Party aux États-Unis, le mouvement des gilets jaunes n’a jamais vraiment disparu dans les replis de l’histoire. Un autre commentateur cité dans l’article, le professeur de sciences politiques Frédéric Gonthier, estime qu’une remobilisation du mouvement est plausible, même si personne n’est prêt à prévoir quelle forme elle pourrait prendre.

La plupart des commentateurs conviennent que, bien que la marque des gilets jaunes ait encore des jambes, il est peu probable que la révolte qui pourrait émerger en 2022 soit une simple répétition du scénario de 2018, se déroulant sous la même bannière. Tout dépend de la manière dont se déroule le dénouement de la crise du COVID-19. Mais c’est exactement ce que craint l’élite politique aujourd’hui. Lundi, la France a mis fin à sa troisième phase de verrouillage en un an et poursuivra sa politique de couvre-feu jusqu’en juin. Que peut-il se passer lorsque la population est à nouveau libre de se rassembler et de protester sans restriction, personne ne peut le deviner aujourd’hui. La période électorale elle-même sera en proie à la confusion alors que les différentes personnalités des partis encore identifiables commencent à se disputer l’influence.

Pouzadoux conclut son article par une citation attribuée à l’administration de Macron: «Il faut attendre que la mer se retire pour découvrir le désastre laissé sur la plage.» Certains se souviennent peut-être, grâce à une expérience récente, que la mer ne recule jamais plus vite ou plus loin qu’à l’approche d’un tsunami.

Note historique

La plupart des gens savent que la Cinquième République française a survécu à son cycle de vie et à sa logique historique. Un jour bientôt, une sixième République émergera. 2022 est une année à surveiller. En termes purement électoraux, ce sera forcément compliqué. Si le concours présidentiel de deuxième tour s’avère être une répétition de 2017, peu importe qui gagne, il y aura une augmentation des émotions éruptives éventuellement incontrôlables.

Ni Macron ni Le Pen n’ont une base politique solide, une nécessité absolue pour tout semblant de stabilité politique compte tenu des institutions de la Ve République. Macron a réussi à tenir aussi longtemps simplement parce que le système présidentiel dicte que l’électorat n’a pas d’autre choix que la révolte. Mais il n’a pas réussi à établir son autorité aux yeux de la population. Il est peu probable que les Français soutiennent cinq autres années de la valeur aberrante intelligente qui se faufile devant le peloton confus pour gagner la course. Ce sont les règles de la course qui seront contestées. Si Le Pen gagnait, la confusion serait plus grande puisqu’elle n’a aucun espoir d’obtenir la majorité parlementaire dont un président a besoin pour même commencer à gouverner.

Tout le monde se souviendra de 2020 comme l’année où une pandémie a bouleversé l’ordre mondial. Les futurs historiens peuvent appeler 2021 une année d’hésitation transitionnelle pour toute la planète désemparée, alors que les dirigeants tentent de redéfinir «la nouvelle normalité» sans la moindre idée de ce à quoi pourrait ressembler une version révisée de la normalité. Le règne de terreur de deux ans par COVID-19 prendra-t-il fin avant le début de 2022? Le règne de terreur de la France en 1793 n’a duré qu’un an, mais a engendré Napoléon et la reconfiguration éventuelle de l’Europe. Il a inauguré la révolution industrielle menée par un empire britannique hyperagressif qui triompherait avant d’être défait par des rivalités européennes internes un siècle plus tard.

Alors que le président américain Joe Biden tente de réaffirmer sa vision personnelle de l’empire en affirmant avec audace que les États-Unis sont «en concurrence avec la Chine et d’autres pays pour gagner le 21e siècle», les «autres pays» du monde – à commencer par l’allié des États-Unis en L’Asie, l’Inde – se demandent s’il est logique de présenter le défi à venir comme une compétition entre des puissances dominantes cherchant à contrôler l’économie mondiale dans leur intérêt égoïste. L’administration Biden semble maintenant prête à défendre la sacro-sainte propriété intellectuelle des sociétés pharmaceutiques qui a aggravé au-delà de toute description la crise du COVID-19 en Inde et dans le reste du monde en développement.

La course à la domination entre les nations rivales de l’Europe il y a deux siècles a déclenché une série encore inachevée de catastrophes mondiales. Celles-ci incluent le déploiement d’armes nucléaires contre les populations civiles au Japon et des menaces désormais désastreuses et incontrôlables pour la santé humaine et la stabilité sociale en raison du changement climatique, qui peuvent toutes être attribuées à l’obsession de notre civilisation pour la concurrence.

Un événement à surveiller en Europe cette année, avant l’élection présidentielle française de 2022, est l’état des lieux en Allemagne, où les élections fédérales pour élire les 20e Le Bundestag aura lieu en septembre. Des sondages récents montrent une piste potentielle pour le parti vert. S’il était confirmé, cela renverserait plusieurs décennies d’histoire post-unification. Plus important encore, comme le rapporte Philip Oltermann du Guardian en référence à la possibilité que le parti d’Annalena Baerbock devienne le chef d’une nouvelle coalition, cet événement sismique éventuel est attribuable à l’échec de l’imagination et de la vision de l’élite politique traditionnelle.

«Le thème sous-jacent de sa campagne jusqu’à présent», écrit Oltermann, «est que l’Allemagne est plus innovante que sa classe politique – une affirmation qui a reçu un coup de pouce la semaine dernière lorsque la Cour constitutionnelle du pays a jugé que les objectifs climatiques du gouvernement ne vont pas assez loin. . »

Pour lutter contre le changement climatique, il faut un mouvement issu des populations dans un esprit de coopération et non de compétition. Biden, Macron et Le Pen représentent tous l’engagement dans une forme de compétition nationaliste agressive. L’émotion éruptive pourrait-elle finir par servir la cause de l’harmonie mondiale? Les adeptes de la compétition ne sont pas près d’abandonner leur combat.

*[In the age of Oscar Wilde and Mark Twain, another American wit, the journalist Ambrose Bierce, produced a series of satirical definitions of commonly used terms, throwing light on their hidden meanings in real discourse. Bierce eventually collected and published them as a book, The Devil’s Dictionary, in 1911. We have shamelessly appropriated his title in the interest of continuing his wholesome pedagogical effort to enlighten generations of readers of the news. Read more of The Daily Devil’s Dictionary on Fair Observer.]

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