L’échéance se profile pour les éleveurs de porcs français sur le choix de la castration – FRANCE 24

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Paris (AFP)

Pendant des siècles, les porcs mâles ont été castrés pour les rendre moins agressifs et pour assurer un contrôle de qualité. Mais les agriculteurs français sont confrontés à une échéance pour mettre fin à une pratique douloureuse que peu de consommateurs sont encore prêts à accepter.

A partir de janvier 2022, la castration chirurgicale nécessitera une anesthésie, un facteur de complication de l’intervention qui augmentera inévitablement les coûts de production.

Plusieurs pays d’Europe ont déjà interdit, ou historiquement évité, la castration chirurgicale qui permet aux producteurs de maximiser la taille d’un porc avant l’abattage.

Elle reste pourtant la norme pour la grande majorité des éleveurs de porcs français, avec près de 10 millions de porcelets soumis à la castration chaque année.

Ils disent qu’il est nécessaire d’augmenter la teneur en graisse de la viande et d’éviter “l’odeur de verrat”, une odeur fétide qui provient des composés que les porcs commencent à produire lorsqu’ils atteignent la maturité sexuelle.

Souvent comparée aux chaussettes de sport sales ou à l’urine, l’odeur peut submerger le goût du porc cuit, le rendant désagréable pour la plupart des gens.

Une alternative consiste à éviter complètement la castration et à abattre les porcs avant qu’ils n’atteignent la maturité.

Mais alors qu’un nombre croissant de producteurs français adoptent cette approche, les transformateurs de viande ne montrent aucun signe de changement.

“Nous voulons absolument mettre sur le marché de la viande de qualité”, a déclaré Thierry Meyer, responsable des opérations porcines du grand groupe français de transformation de viande Bigard, lors d’une conférence de presse le mois dernier.

« Bigard continuera à castrer » en réponse aux exigences de qualité de ses clients, a-t-il déclaré.

– “C’est l’avenir” –

Le porc issu de porcs castrés est même obligatoire pour certaines spécialités françaises comme le jambon cru de Bayonne, ce qui entrave encore les efforts pour s’éloigner de la pratique.

“On se dirige vers la solution des injections anesthésiques locales entre les testicules”, a expliqué à l’AFP Valérie Courboulay, chercheuse à l’institut technique de la filière porcine IFIP.

“L’opération n’est pas très difficile en soi”, a-t-elle dit, et le ministère de l’Agriculture prépare un document détaillé sur l’approche.

Mais cela ne répondrait toujours pas aux demandes des militants pour un meilleur bien-être animal.

“Cela ne suffira pas à éviter totalement la douleur” et “sera très difficile à concilier avec les cadences de production” recherchées par les éleveurs, estime Sandy Bensoussan-Carole de l’ONG française Welfarm.

« Qui va vérifier que ces produits sont effectivement achetés et utilisés ? » elle a ajouté.

Pour Jean-Jacques Riou, agriculteur du Finistère en Bretagne, le protocole d’anesthésie prévu est “absurde”.

Il dirige une association d’éleveurs prônant la fin pure et simple de la castration, affirmant que cela permettrait d’économiser du temps et de l’argent, car les porcs “entiers” ont tendance à nécessiter moins de nourriture.

Et les agriculteurs n’auraient plus à effectuer une procédure stressante et potentiellement traumatisante pour les porcs et les humains.

“C’est l’avenir du bien-être de tous”, a déclaré Riou.

– Utiliser votre nez ? –

Mais pour l’instant, il continue de castrer, car la plupart des transformateurs de la fédération de filière Culture Viande refusent d’accepter des porcs qui pourraient produire une odeur de verrat rebutante.

Seuls 2,8 millions de porcelets n’ont pas été castrés en France en 2019, soit une fraction des 23,5 millions produits au total.

De nombreux producteurs font pression pour que la castration ne soit autorisée que lorsqu’elle est requise pour des produits spécifiques, au lieu d’être effectivement imposée par les principaux clients.

Cette position est partagée par les associations AVPO et SNGTV des vétérinaires de l’industrie porcine, compte tenu des complications liées à la mise en œuvre des opérations d’anesthésie, a déclaré la présidente de l’AVPO, Melanie Liber.

Patrice Drillet, patron de la coopérative Cooperl dans l’ouest de la France, affirme que les 2 700 membres de son groupe ont déjà complètement arrêté de castrer.

“Ce sujet est terminé pour nous”, a déclaré Drillet lors d’une conférence de presse en mai, mais “certaines personnes sont allergiques au changement”.

Environ 20 employés des usines de transformation de Cooperl utilisent une méthode infaillible pour éliminer tous les mâles géniaux – leur nez. Il prétend que le problème affecte seulement un à deux pour cent du total.

D’autres études montrent le risque d’odeur de verrat chez cinq à dix pour cent des hommes, contre plus de 20 pour cent auparavant grâce à la sélection génétique et à l’amélioration de l’alimentation.

Pour Riou, la question pour les responsables est claire : « Le ministère va devoir choisir entre satisfaire des milliers d’éleveurs, ou une dizaine d’abattoirs.