Le vaccinodrome des Yvelines, le maillot jaune de la course d’inoculation du Covid-19 en France – FRANCE 24 Français

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En France, plus de 30 centres de vaccination à haut volume Covid-19 – surnommés, parfois par dérision, “vaccinodromes” – sont sur le point d’ouvrir, promettant un coup de pouce au déploiement de l’inoculation initialement lent dans le pays. FRANCE 24 a rendu visite à l’un de ces centres à l’intérieur de la piste cyclable du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, à l’extérieur de Paris.

“Allez! Encore, encore, encore! C’MON!” un homme sur une moto interpelle les cyclistes sprint de l’équipe de France alors qu’ils tournent autour de la piste du vélodrome en pente. Ses explosions pourraient tout aussi bien être dirigées vers les agents de santé qui administrent des injections en contrebas dans la fosse de forme ovale qui entoure la piste.

Bienvenue dans le gigantesque centre de vaccination du département des Yvelines, dans cette banlieue sud-ouest de la capitale française. Le vaccinodrome, comme ce type d’installation est devenu connu en France, préfigure des structures similaires que le gouvernement s’apprête à déployer dans la lutte contre Covid-19, destinées à contribuer à atteindre l’objectif du pays de 10 millions de premières doses injectées à la mi-avril. Mercredi, le jour où FRANCE 24 est entré en scène, plus de 1 600 personnes ont reçu une injection des vaccins Pfizer / BioTech ou Moderna. Le chiffre d’un jour représente plus de trois fois le nombre de doses qu’un centre standard en France parvient à injecter en une semaine moyenne.

Un tableau de bord indique le nombre de doses administrées depuis l’ouverture du centre de vaccination au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, en dehors de Paris. Entre 1 500 et 2 000 doses sont injectées quotidiennement. © Mehdi Chebil

Parmi les vaccinés de la journée, la plupart avaient déjà prévu des rendez-vous en ligne à l’aide de Doctolib, un site Web qui propose des réservations pour les rendez-vous chez le médecin. D’autres, comme Nicole Lalau, sont venus après avoir reçu un coup de téléphone d’un élu local proposant un créneau de vaccination.

Lalau, 74 ans, d’une petite ville près de Versailles, déclare: «Je suis un grand fan du Dr Raoult», se référant au professeur français controversé qui a fortement plaidé pour l’hydroxychloroquine, un médicament antipaludique, pour traiter le Covid-19. «Et, pour commencer, je ne voulais pas vraiment me faire vacciner. Mais quand mon maire a appelé pour offrir ce rendez-vous, j’ai tout de suite accepté», dit-elle. “Principalement parce que j’ai hâte de pouvoir repartir librement.”

Nicole Lalau, 74 ans, se fait vacciner au centre cycliste de Saint-Quentin-en-Yvelines le 31 mars 2021. Elle est très satisfaite de la rapidité du processus, dit-elle: 40 minutes entre l'arrivée et la sortie du centre de vaccination.
Nicole Lalau, 74 ans, se fait vacciner au centre cycliste de Saint-Quentin-en-Yvelines le 31 mars 2021. Elle est très satisfaite de la rapidité du processus, dit-elle: 40 minutes entre l’arrivée et la sortie du centre de vaccination. © Mehdi Chebil

Raymond Vericel, un ancien directeur de stock de 74 ans, a eu moins de chance avec son propre maire. «J’ai essayé plusieurs fois d’obtenir un rendez-vous sur Internet, mais chaque créneau était plein. La mairie où j’habite n’arrêtait pas de me renvoyer chez Doctolib», explique le retraité. Il a dû réessayer avant de réussir enfin à obtenir une heure de vaccination.

Les deux seniors fraîchement vaccinés ont suivi la même procédure. Tout d’abord, un entretien dans un étal blanc avec un médecin, qui a vérifié pour quelque raison que ce soit de ne pas prescrire de vaccin, puis a délivré un certificat d’éligibilité à la vaccination selon les critères fixés par le gouvernement. L’injection elle-même est généralement administrée par une infirmière dans une stalle bleue. Enfin, la nouvelle vaccination est enregistrée dans la base de données de la sécurité sociale française et le rendez-vous de suivi pour une deuxième dose est confirmé.

Les candidats à la vaccination font la queue à l'entrée du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines le 31 mars 2021. L'éligibilité continuera de s'étendre à de nouvelles tranches d'âge: les candidats sans conditions à haut risque de plus de 60 ans seront éligibles à partir de la mi-avril. 50 à partir de la mi-mai.
Les candidats à la vaccination font la queue à l’entrée du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines le 31 mars 2021. L’éligibilité continuera de s’étendre à de nouvelles tranches d’âge: les candidats sans conditions à haut risque de plus de 60 ans seront éligibles à partir de la mi-avril. 50 à partir de la mi-mai. © Mehdi Chebil

Le processus a été organisé de manière à ce que les 15 médecins et 15 infirmières sur place mercredi puissent accomplir leurs tâches le plus rapidement possible. Le personnel administratif qui maintient le vaccinodrome en marche est pour sa part issu de la dizaine de communes qui composent Saint-Quentin-en-Yvelines.

«Notre objectif est de donner des coups en masse, mais aussi d’éviter toute injustice sociale dans le processus de sélection. C’est pourquoi nous travaillons beaucoup avec les CCAS (Centres d’action sociale et communautaires), qui nous amènent des gens qui ne sont pas en mesure de planifier leur les rendez-vous eux-mêmes », explique Sandrine Hector, responsable des relations publiques de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Pour maintenir leur rythme de 1 500 à 2 000 doses par jour, les infirmières se relaient constamment dans la zone de la pharmacie pour décanter le précieux liquide vaccinal de ses flacons dans des seringues. Leurs collègues en charge des injections viennent en succession rapide pour “réclamer leur dose”. C’est dans cette ruche d’activité que les assistants pharmaceutiques s’efforcent de tirer le meilleur parti de chaque flacon: jusqu’à sept doses des flacons Pfizer et jusqu’à 12 des flacons Moderna.

Le stand de la pharmacie, où les infirmières préparent les seringues.  C'est le cœur battant du vaccinodrome, où les agents de santé se déposent en continu pour récupérer les doses à injecter.
Le stand de la pharmacie, où les infirmières préparent les seringues. C’est le cœur battant du vaccinodrome, où les agents de santé se déposent en continu pour récupérer les doses à injecter. © Mehdi Chebil

Les flacons de vaccins sont les vraies munitions dans cette guerre des soins de santé contre Covid-19. Ils sont entreposés dans des réfrigérateurs dans une pièce dont Tristan Eybert, le responsable de ce centre, garde précieusement les clés. «En général, nous prenons livraison des vaccins pour le lendemain. Le plus important pour nous serait d’avoir des provisions aussi régulièrement que possible afin que nous puissions ajuster les rendez-vous et la logistique à l’avance», explique Eybert, qui travaille. pour la ville.

Pourtant, il estime qu’une nouvelle recrudescence pour atteindre l’objectif de 5 000 injections par jour semble possible. «Nous pourrions commencer par allonger les heures d’ouverture et vacciner plus tard dans la soirée, ce qui serait envisageable avec des populations plus jeunes», dit-il. Le nombre de personnels de santé et les doses devraient également suivre cet exemple – deux domaines dans lesquels les étoiles commencent à s’aligner.

Les flacons vides de vaccin Pfizer / BioTech s'accumulent.  Ils sont tous numérotés pour permettre un suivi précis des stocks.
Les flacons vides de vaccin Pfizer / BioTech s’accumulent. Ils sont tous numérotés pour permettre un suivi précis des stocks. Mehdi CHEBIL

Les renforts humains devraient arriver car le gouvernement a annoncé qu’il mobilisait les pompiers et le personnel des forces armées pour cette tâche aux côtés de vastes catégories de personnels de santé déjà autorisés à effectuer des vaccinations. Quant aux «munitions», la France devrait recevoir deux millions de doses du vaccin Pfizer / BioTech chaque semaine tout au long du mois d’avril.

C’est une bénédiction pour le personnel du vaccinodrome, qui est régulièrement confronté à la méfiance à l’égard du vaccin AstraZeneca. «Quand nous disons aux gens que nous allons les vacciner avec Pfizer, nous voyons leurs visages s’illuminer», déclare Hector, responsable des relations publiques de la ville. “C’est pratiquement comme si nous sortions un super Chablis au lieu d’un vin blanc classique!”

Raymond Vericel pose pour une photo près de la sortie après avoir reçu sa vaccination. "Nous croisons des enfants dans notre cage d'escalier dont la classe a été fermée à cause de Covid-19," dit le retraité de 74 ans. "C'est rassurant de se faire vacciner."
Raymond Vericel pose pour une photo près de la sortie après avoir reçu sa vaccination. «Nous croisons des enfants dans notre cage d’escalier dont la classe a été fermée à cause de Covid-19», raconte le retraité de 74 ans. “C’est rassurant de se faire vacciner.” © Mehdi Chebil

Cet article a été traduit de l’original, en français.