Le bicentenaire de Napoléon sous l’ombre de Covid et de la polémique – FRANCE 24

Paris (AFP)

Dans le Grand Hall de la Villette aux portes de Paris, les atours d’un empereur sont réunis: des tenues magnifiques, des armes, des médailles, des porcelaines, une voiture de mariage monumentale …

La question, à l’approche du 200e anniversaire de la mort de Napoléon Bonaparte le 5 mai, est de savoir quand quelqu’un pourra les voir.

Les Anglais sont de nouveau impliqués dans le sabotage de ses célébrations, après que “la variante anglaise” de Covid-19 ait déclenché une nouvelle vague de pandémie et renvoyé la France en lock-out.

Une multitude d’expositions, mettant en vedette tout, de son boudoir privé au château de Fontainebleau au rassemblement de portraits de Christ qui ont proliféré après son exil au Musée de l’Armée, ont été suspendues.

Alors que le gouvernement espère rouvrir les sites culturels à la mi-mai, les épidémiologistes estiment que cela pourrait être prématuré.

Cependant, ce n’est pas seulement Covid qui crée un timing difficile pour le bicentenaire.

L’accent croissant mis sur la politique raciale et le passé colonial de la France a mis un nouvel accent sur l’héritage de Napoléon, notamment sa décision de rétablir l’esclavage en 1802, moins d’une décennie après son abolition sous la révolution.

Les organisateurs s’y sont attaqués de front, avec la plus grande exposition, le «grand spectacle» de 5 millions d’euros à La Villette, qui devait présenter pour la première fois les commandes de 1802 (redécouvertes en 2007).

Pour l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, qui a écrit un livre sur la traite des esclaves, ils reflètent le pragmatisme sans cœur de Napoléon, plutôt que le racisme pur et simple, alors qu’il cherchait à dominer les Caraïbes et son commerce du sucre.

“Il a cédé aux pressions des propriétaires de plantations coloniales à l’Assemblée. Le sort des esclaves eux-mêmes l’a sans doute très peu dérangé”, at-elle déclaré à l’AFP.

L’ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault, chef de la Fondation pour l’abolition de l’esclavage, en convient: “Napoléon a agi comme il l’a fait en toutes choses: sans émotion ni morale”, a-t-il déclaré à l’AFP. “Napoléon était un cynique.”

– La grandeur –

De peur que ce débat ne ressemble à «annuler la culture» essayant d’infliger un Waterloo du XXIe siècle à Napoléon, il convient de noter qu’il a toujours divisé les opinions.

S’il est difficile d’ouvrir Google Maps partout en France sans voir les noms de Victor Hugo, Louis Pasteur ou Charles De Gaulle courir sur une rue principale, il n’y a qu’une poignée de rues secondaires dédiées à l’Empereur.

Pour beaucoup, il était un belliciste qui a laissé des millions de morts à travers l’Europe, et un despote qui a transformé les idéaux de la révolution en un véhicule pour ses ambitions personnelles, laissant finalement la France en faillite et occupée.

Pourtant, l’ampleur quasi incompréhensible de ses réalisations ne peut être ignorée: conquérir l’Égypte et prendre le contrôle de la France à 30 ans, empereur en charge de la majeure partie de l’Europe continentale à 40 ans.

Même ses échecs faisaient partie de la légende: l’orgueil qui l’a conduit au désastre en Russie, l’étonnante évasion de l’exil sur l’île d’Elbe et la marche de 22 jours à Paris pour reprendre son trône, seulement pour faire face à une défaite finale à Waterloo et triste, derniers jours à Sainte-Hélène.

Interrogé sur le nom du plus grand général du monde, le rival anglais, le duc de Wellington, a déclaré: “Dans cet âge, dans les âges passés, à tout âge, Napoléon”.

“Une partie de la société française a toujours été impressionnée par la gloire”, a déclaré à l’AFP Peter Hicks, de la Fondation Napoléon. «C’était la devise de l’Empire napoléonien: la grandeur. Il était la grandeur au sens large.

L’ambivalence de la France à propos de Napoléon est souvent surestimée, a ajouté Hicks. Il convenait aux régimes français ultérieurs de le renverser.

Elle n’a pas empêché quelque 160 institutions, des écoles aux musées, de s’inscrire au label «Annee Napoléon 2021» de la fondation.

“Ils sont l’État et ils ne se battent pas pour le célébrer”, a déclaré Hicks.

Tout cela donne lieu à un débat riche, bien sûr.

Bien que les expositions soient fermées, les programmes télévisés sont saturés de nouveaux documentaires et une forêt de nouveaux livres couvre tout, de la relation de Napoléon à Dieu, des jardins préférés, des épisodes de dépression et des lettres d’amour à Joséphine.

– ‘Yeux ouverts’ –

Napoléon détient également un statut mythique au niveau international, la fondation recevant chaque année plus d’un million de visiteurs sur son site Web en provenance du monde entier.

Dans une fabuleuse maison de ville du centre de Paris, le collectionneur Bruno Ledoux montre des centaines de trésors qu’il s’est battu pour garder en France, et hors des mains d’acheteurs aux États-Unis, en Chine et en Russie, dont un lit de camp militaire et l’un de ses cinq trônes, resplendissants de rouge et d’or.

Il était l’archétype de l’homme moderne et autodidacte, a déclaré Ledoux: “Napoléon représente la mobilité sociale, c’est pourquoi il est valorisé partout.”

Pas tout à fait partout.

Les dirigeants français ont souvent méprisé Napoléon. Le président de l’époque, Jacques Chirac, a refusé de participer au 200e anniversaire de la bataille d’Austerlitz en 2005, tandis que l’ex-Premier ministre Lionel Jospin célébrait celui de son exil en publiant un livre intitulé “Le mal napoléonien”.

Le président actuel Emmanuel Macron, connu pour son approche «en meme temps» («en même temps») des questions épineuses, a généralement indiqué qu’il adopterait une approche nuancée.

Face aux élections de l’année prochaine, c’est un exercice d’équilibre délicat. Le bureau de Macron dit qu’il abordera “cette figure majeure de notre histoire … avec les yeux ouverts”.

Alors que la pandémie retient toujours l’attention politique, on ne sait pas ce que cela signifiera.