La lenteur de la mise en œuvre d’Oxford/AstraZeneca en France est à l’origine de nombreux reproches – POLITICO.eu

PARIS – Les médecins généralistes français ont été interdits de passer de nouvelles commandes de vaccins Oxford/AstraZeneca cette semaine, une mesure qui est considérée par beaucoup comme une punition pour ne pas avoir vacciné assez rapidement.

Les médecins ont été encouragés au début du mois à utiliser le vaccin pour leurs patients les plus nécessiteux et ceux de plus de 65 ans, ainsi que pour les patients vulnérables de plus de 50 ans, après que l’autorité sanitaire du pays ait autorisé le vaccin pour les adultes de tous âges.

Selon les chiffres du ministère de la santé, la France compte près de 900 000 doses inutilisées du vaccin, soit plus de 50 % de ses livraisons. Cette situation est conforme à une tendance similaire à travers l’Europe, où des doses, en particulier celles d’Oxford/AstraZeneca, ne sont pas utilisées, comme l’a rapporté POLITICO.

Les médecins généralistes ont été empêchés cette semaine de passer des commandes pour un nouveau lot de vaccins afin de donner la priorité aux pharmacies, qui recevront plus de 350 000 doses la semaine prochaine pour les distribuer à leurs clients. Le gouvernement a invoqué un ralentissement des livraisons pour justifier cette priorité, mais il a également souligné le stock existant de doses disponibles lors de réunions d’information avec les journalistes.

Les médecins, pour leur part, ont accusé les responsables de gonfler les chiffres pour cacher leurs propres lacunes.

“C’est un scandale, je n’ai plus de vaccins et je ne peux plus en commander”, a déclaré Sylvaine Le Liboux, secrétaire générale du syndicat Les Généralistes-CSMF. “Ils mentent, nous n’avons pas gardé de stocks (…). Nous utilisons les doses, nous ne les gardons pas”.

Le président Emmanuel Macron a exprimé la semaine dernière sa frustration face à la lenteur du déploiement des doses disponibles, et aurait déclaré qu’il n’imposerait pas de restrictions supplémentaires à la population tant qu’il y aurait “des vaccins dans le frigo.”

Plus de 4 millions de personnes en France ont reçu leur premier vaccin, ce qui est toujours en retard par rapport à la plupart des pays de l’UE. Le gouvernement s’est engagé à accélérer le déploiement de la vaccination, se fixant pour objectif d’atteindre 10 millions de vaccins d’ici la mi-avril afin d’éviter un troisième blocage. Le ministre de la santé, Olivier Véran, a déclaré jeudi que la situation était “tendue et préoccupante” et que les autorités se préparaient à évacuer des “dizaines, voire des centaines” de patients en soins intensifs hors de la région parisienne.

Cette prise de bec au sujet de l’utilisation du vaccin intervient alors que de nombreux pays européens suspendent le déploiement de leur campagne de vaccination Oxford/AstraZeneca dans son intégralité ou seulement de certains lots. Cette décision fait suite à des rapports faisant état de problèmes de coagulation du sang après la vaccination. Toutefois, les autorités sanitaires, y compris l’Agence européenne des médicaments, ont souligné que rien n’indique que ces troubles et la vaccination soient liés.

La France, cependant, continuera à utiliser le vaccin Oxford/AstraZeneca sur les conseils de son autorité sanitaire nationale.

“Des enquêtes sont lancées chaque fois qu’un effet secondaire grave est déclaré. Pour environ cinq millions d’Européens [who have taken the Oxford/AstraZeneca vaccine], 30 personnes ont souffert de troubles de la coagulation”, a déclaré M. Véran aux journalistes.

Doses manquantes

Une analyse des chiffres du ministère de la santé a montré qu’à la date de lundi, les médecins avaient reçu 400 000 doses des vaccins Oxford/AstraZeneca, tandis que 474 000 autres doses étaient en transit, dans des centres de vaccination ou sur des plateformes de distribution.

POLITICO a demandé au ministère de la santé pourquoi certaines doses n’ont pas pu être redirigées vers les médecins généralistes cette semaine, mais n’a pas reçu de réponse.

Bertrand Favarel-Garrigues, un praticien travaillant à Bordeaux, dit avoir 130 patients vulnérables et âgés sur une liste d’attente et être obligé d’annuler des injections à peine une semaine après avoir commencé à vacciner.

“Nous n’allons pas passer notre temps à réserver des patients pour ensuite les refuser”, dit-il. “C’est exaspérant”.

Le ministère de la santé a imputé les annulations à la forte baisse des livraisons d’AstraZeneca au premier trimestre par rapport à ce qu’il avait promis.

Le tableau est le même dans toute l’Union européenne, après qu’AstraZeneca a manqué de 75 millions de doses par rapport aux commandes prévues pour l’UE au premier trimestre 2021. Bruxelles a mis en place des contrôles des exportations de vaccins à la fin du mois de janvier et a chargé le commissaire au marché intérieur, Thierry Breton, de vérifier quotidiennement auprès des fabricants de vaccins que la production reprend son cours normal.

Mais en ce qui concerne la France, les médecins généralistes n’utilisent pas non plus les doses qui leur ont été données, a déclaré un fonctionnaire du ministère. “Les médecins généralistes doivent augmenter très significativement le rythme des vaccinations s’ils veulent tenir le coup au cours des deux prochaines semaines.”

“Certains médecins s’inquiétaient de ne pas recevoir les doses, mais il y a 1,2 million d’oreilles marquées pour les recevoir. Ce n’est pas un petit changement”, a déclaré le fonctionnaire lors du briefing hebdomadaire sur la vaccination.

Beaucoup se demandent pourquoi la France a utilisé moins de la moitié de son stock de livraisons.

“C’est un taux inacceptable”, déclare le député centriste François-Michel Lambert. “Construire un avion A380, ou une Peugeot 3008 est beaucoup plus compliqué que de prendre un seul produit et de le mettre dans les bras des gens. La chaîne d’approvisionnement est facile”.

“Je pense que le système est trop rigide, et que c’est en frappant sur les maillons en bout de chaîne que les gens iront plus vite”, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, le ministre de la Santé Olivier Véran a reproché aux médecins de ne pas faire le vaccin COVID-19. Dans une lettre au personnel, il a déclaré que “les chiffres sont encourageants, mais ils n’augmentent pas assez. Ce n’est pas suffisant”.

Mauvaise réputation

Le fait que la piqûre d’Oxford/AstraZeneca souffre d’un problème de réputation auprès des médecins français n’a pas aidé.

“Nous avons constaté une grande réticence à se faire vacciner parmi le personnel hospitalier et les médecins généralistes”, déclare Nicolas Bruder, chef d’un service de soins intensifs à l’hôpital de la Timone à Marseille. “Les gens sont inquiets des effets secondaires [linked to AstraZeneca].”

Les effets secondaires possibles sont les fièvres, les maux de tête et la fatigue. L’autorité française de réglementation des médicaments a déclaré que le vaccin était bien toléré et que les effets secondaires courants étaient légers.

“Leurs arguments ne sont pas très cohérents ou scientifiques, c’est juste qu’ils ont entendu des choses négatives”, a déclaré Bruder. Dans son unité, seulement 50 % du personnel a été vacciné, un taux supérieur à la moyenne nationale de 36 %.

Certains disent que le fait que le gouvernement ait initialement émis des doutes sur l’efficacité et la sécurité du déploiement du vaccin Oxford/AstraZeneca n’a pas aidé. En février, M. Macron a déclaré aux journalistes que “tout porte à croire qu’il est quasi-inefficace sur les personnes de plus de 65 ans”.

Bruno Bonnell, député du parti La République En Marche de Macron, admet qu’il y a eu des erreurs de communication, mais qu’elles ont été surmontées. Il pense que les débats sur l’utilisation des stocks sont une distraction néfaste par rapport à la tâche compliquée de faire vacciner les Français.

“C’est une urgence”, a-t-il dit. “Il n’y a pas de temps pour les querelles intestines. Le débat politique a été bouleversé. Alors que nous répondons à une urgence, certains trouvent le temps de débattre à la télévision pour savoir si ce sont des médecins ou des chimistes…”. [that] sont les mieux placés pour obtenir les vaccins”.

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