La France suspend ses opérations militaires conjointes avec le Mali suite au coup d’État

La France a annoncé jeudi qu’elle suspendrait les opérations militaires conjointes avec les forces maliennes après le deuxième coup d’État du pays en neuf mois.

La décision de Paris a ajouté à la pression internationale pour que la junte militaire renvoie les civils aux postes de pouvoir.

L’homme fort de l’armée malienne Assimi Goita, qui a dirigé le coup d’État de l’année dernière, a destitué la semaine dernière le président civil de transition et le Premier ministre du pays.

Cette décision a déclenché un tollé diplomatique, incitant les États-Unis à suspendre l’aide à la sécurité pour les forces de sécurité maliennes et l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest à suspendre le Mali.

Les forces armées françaises ont déclaré jeudi que “des exigences et des lignes rouges ont été fixées par la CEDEAO et l’Union africaine pour clarifier le cadre de la transition politique au Mali”.

“En attendant ces garanties, la France a décidé de suspendre, à titre temporaire, les opérations militaires conjointes avec les forces maliennes et les missions nationales de conseil à leur profit”, a indiqué le ministère de la Défense.

« Ces décisions seront réévaluées dans les prochains jours à la lumière des réponses fournies par les autorités maliennes.

Plus tôt jeudi, l’Organisation internationale de la Francophonie, un organisme coopératif qui représente principalement les États francophones du monde, est devenue la dernière à suspendre le Mali.

Le Mali et la France jouent un rôle clé dans la lutte contre une insurrection violente qui sévit dans la région du Sahel.

La France dispose d’environ 5 100 soldats au Sahel dans le cadre de son opération Barkhane qui couvre le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

La force Barkhane, qui a été lancée après l’intervention de la France pour repousser une avancée extrémiste au Mali en 2013, continuera à opérer mais seule pour l’instant, a indiqué le ministère.

Mais la force Takuba dirigée par la France, lancée en mars 2020 pour permettre aux forces spéciales européennes d’entraîner l’armée malienne à combattre les extrémistes, sera suspendue.

Une source diplomatique a déclaré la semaine dernière qu’il y avait un risque que le coup d’État dissuade les pays européens de rejoindre la force.

Un responsable militaire malien a déclaré que les autorités maliennes avaient été informées de la suspension de la France.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré ce week-end que la France retirerait ses troupes du Mali si elle se dirigeait vers l’islamisme radical après le coup d’État.

“L’islamisme radical au Mali avec nos soldats là-bas ? Jamais”, a-t-il déclaré à l’hebdomadaire The Journal du Dimanche.

Même avant le dernier coup d’État, la France avait envisagé de retirer ses troupes de la mission coûteuse et dangereuse au Sahel à l’approche de l’élection présidentielle de l’année prochaine.

M. Macron a déclaré en février qu’il n’y aurait pas de réduction des troupes dans un avenir immédiat, mais a laissé la porte ouverte à la réduction de la taille des forces françaises, les plans devant être approuvés ce mois-ci.

“Au-delà d’une position de principe, on se demande si cette décision n’est pas un moyen pour la France de laisser entrer dans le récit le désengagement avec Barkhane”, estime Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales.

« En d’autres termes, est-ce [Mali] ne respectant pas le processus démocratique n’est-il pas un prétexte pour réduire un arrangement dont les jours étaient de toute façon comptés ?”

M. Goita était vice-président depuis qu’il a dirigé un coup d’État en août dernier, qui a destitué le président démocratiquement élu Ibrahim Boubacar Keita après des manifestations de masse contre la corruption présumée et l’insurrection.