La France publie une nouvelle traduction du “Mein Kampf” d’Hitler – Voice of America

PARIS – Une nouvelle traduction massive et attendue de Mon combat – parsemé de commentaires savants pour expliquer le manifeste décousu et rempli de haine du leader nazi Adolf Hitler – a été publié en France. Le projet a été controversé, mais les partisans disent qu’il pourrait servir d’avertissement contre la montée des actes de haine et d’antisémitisme aujourd’hui.

Le livre est une refonte de la traduction de Mon combat, ou alors Mon combat, le manifeste d’Hitler de 1925 détaillant comment il est devenu antisémite, son idéologie et ses plans pour l’Allemagne. La refonte fait 1 000 pages et coûte plus de 120 $. Le nom et le visage d’Adolf Hitler n’apparaissent pas sur sa couverture blanche unie.

La nouvelle édition de l’éditeur français Fayard — intitulée Mettre le mal en contexte : une édition critique de Mein Kampf – ne vise pas à être un best-seller. Les librairies françaises ne peuvent pas stocker d’exemplaires, qui ne sont disponibles que sur commande. Tous les bénéfices seront reversés à la Fondation Auschwitz-Birkenau.

L’historien Christian Ingrao, membre de l’équipe universitaire impliquée dans l’édition Fayard, a déclaré à la radio française que le livre vise à désacraliser l’œuvre d’Hitler qui a suscité une sorte de fétichisme. Il vise à offrir une vision sans fard de l’écriture du leader nazi, qui, selon Ingrao et d’autres, est répétitive, décousue et truffée d’erreurs. Le traducteur Olivier Mannoni a qualifié le manifeste d’Hitler de “soupe incohérente”.

La traduction est accompagnée de longues notes d’historiens et d’annotations qui constituent la majeure partie du livre.

L’Allemagne et la Pologne ont publié des traductions savantes similaires ces dernières années.

En France, la première édition de Mon combat est sorti en 1934 et a tenté d’améliorer l’écriture d’Hitler. À cette époque, il était chancelier d’Allemagne, où son livre était devenu un best-seller. Le règne d’Hitler a plongé l’Europe dans la Seconde Guerre mondiale – et l’Holocauste qui a tué environ six millions de Juifs, dont plus de 70 000 de France.

Aujourd’hui, l’antisémitisme est à nouveau en hausse dans toute l’Europe, selon des groupes de surveillance. L’extrême droite aussi. Alors que les copies imprimées de Mon combat ont stagné dans le monde entier, les éditions numériques ont augmenté ces dernières années, bien que les éditeurs invoquent un mélange de raisons. L’année dernière, Amazon a interdit la plupart des éditions du livre de son site.

Ginette Kolinka, 96 ans, survivante de l’Holocauste, parle à des groupes scolaires français de ses souvenirs. Elle a dit à la radio française qu’elle n’avait jamais lu Mon combat — surtout, dit-elle, parce qu’elle avait d’autres livres à lire. Mais elle dit que les jeunes ont besoin de tout lire – bon et mauvais – pour se forger une opinion et finalement comprendre la tolérance.

Le projet de traduction Fayard a été controversé. Il y a quelques années, le leader d’extrême gauche Jean-Luc Melenchon l’a qualifié de “moralement inacceptable”. Depuis lors, il a été approuvé par plusieurs personnalités juives de premier plan, dont le chasseur de nazis Serge Klarsfeld.

Le grand rabbin de France, Haim Korsia, a déclaré à VOA que le soutien de Klarsfeld à la traduction a façonné ses propres opinions. Son argumentation : Vous ne pouvez pas reprocher au monde de ne pas avoir lu les écrits d’Hitler il y a près d’un siècle – qui prévoyaient l’horreur que préparait le dirigeant nazi – et dire aux gens aujourd’hui de ne pas lire cette nouvelle traduction, qui pourrait aider à prévenir la haine, les préjugés et l’antisémitisme de réapparaître.