La France pousse à intégrer l’énergie nucléaire en Europe – Yahoo News NZ

Avec les dirigeants d’Europe de l’Est, le président français Emmanuel Macron a cosigné une lettre appelant la Commission européenne à inclure l’énergie nucléaire dans sa taxonomie verte. La lettre a été rédigée le 19 mars et a été rendue publique après un sommet du Conseil européen tenu le 25 mars.

La taxonomie européenne établit une longue liste d’activités «durables» qui permettront d’atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 et bénéficieront d’investissements ciblés. Dans le cadre de cette classification, l’énergie nucléaire se retrouve actuellement sous le label «ne nuit pas», ce qui ne la rend pas éligible aux investissements avec des taux d’imposition moins élevés.

Les enjeux de l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie sont assez importants pour la France. Le pays devra bientôt renouveler son parc nucléaire, car ses réacteurs atteignent leur limite de durée de vie. Les coûts d’investissement des nouvelles centrales – les principales composantes du LCOE nucléaire – seraient considérablement réduits si le nucléaire parvenait à entrer dans la catégorie verte privilégiée.

«Neutralité technologique»

La lettre, publiée sur le site Internet du gouvernement polonais, exhortait la Commission européenne à respecter le principe de «neutralité technologique» dans la mise en œuvre des politiques liées au climat. Réitérant le droit de chaque pays de choisir son propre mix énergétique, les signataires ont exigé de cesser de discriminer l’énergie nucléaire – qui affiche de faibles émissions de carbone et pourrait être mise au service des objectifs de décarbonation de l’UE.

Les arguments présentés dans ce plaidoyer incluaient la création de nouveaux emplois et la contribution potentielle du nucléaire à la production d’hydrogène – une technique prometteuse consistant en une électrolyse alimentée par une centrale nucléaire, déjà testée aux États-Unis. Et si la nécessité d’investir dans l’hydrogène semble créer un consensus parmi les députés européens, l’énergie nucléaire peine à être acceptée à l’unanimité.

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L’Autriche et l’Allemagne, en particulier, s’opposent fermement à l’initiative, notamment en raison de problèmes de gestion des déchets radioactifs. Depuis que le projet de taxonomie a commencé à être discuté, le rôle du nucléaire a été sujet à controverse. L’Allemagne s’y est fermement opposée, tandis que la France a clairement indiqué qu’elle n’abandonnerait pas son projet. «La France plaidera pour que le nucléaire fasse partie de ce label vert», a déclaré le ministre français de l’Économie en 2019.

Mais la discussion a été portée à un tout autre niveau lorsque le média en ligne français Contexte a révélé le 26 mars un document dans lequel les experts du Centre commun de recherche (une entité de l’UE traitant notamment des questions énergétiques) n’étaient pas opposés à l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie. Le CCR a été chargé en 2020 d’évaluer les risques que l’énergie nucléaire pourrait présenter pour la santé humaine et l’environnement. Et sa conclusion était: «Les analyses n’ont révélé aucun élément scientifique prouvant que l’énergie nucléaire était plus dommageable pour la santé humaine que les autres sources d’électricité incluses dans la taxonomie».

Une question stratégique pour la France

Si la France s’est engagée à réduire sa part du nucléaire et à la remplacer progressivement par des énergies renouvelables, à moyen terme, elle en dépend encore fortement. Cette part diminue depuis un an, notamment en raison de la fermeture symbolique de l’usine de Fessenheim et de celle prévue au Bugey.

Le parc nucléaire français approche de la fin de sa durée de vie, et s’il n’est pas renouvelé, garantir une source d’énergie de base sera un défi majeur. Depuis dix ans, la France se penche sur cette question sans prendre aucune décision. Aujourd’hui, une urgence est venue de réagir, car l’opérateur de transport du pays RTE a mis en garde contre les «risques d’insuffisance d’alimentation électrique en hiver» induits par la diminution du nucléaire. Dans le même temps, la perte de savoir-faire d’EDF, démontrée par les pannes de la centrale de Flamanville, jette le doute sur la faisabilité technique de cette expansion nucléaire.

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Le débat en France a également été influencé par un rapport de l’AIE publié en janvier, qui ouvrait la perspective d’un mix énergétique 100% renouvelable d’ici 2050 – laissant le nucléaire en marge.

Alliances européennes renouvelées

L’Europe a été divisée sur la ligne nucléaire au cours de la dernière décennie. Mais l’alliance française avec les pays de l’Est, matérialisée par la lettre conjointe adressée à la Commission européenne, marque un tournant majeur dans ce clivage traditionnel.

Alors que ses voisins – l’Autriche, la Belgique, l’Allemagne – s’engagent résolument dans la voie de la sortie du nucléaire, la France considère l’Europe de l’Est comme une destination potentielle d’investissement pour ses réacteurs de puissance européens (EPR) – la technologie de «nouvelle génération». En février 2020, Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF français, s’est rendu en Pologne pour négocier un accord sur le plan nucléaire du pays. Alors que Varsovie envisage encore différentes options pour la mise en service de ses réacteurs, EDF a déclaré qu’il serait en mesure de couvrir l’ensemble du cycle nucléaire.

Quatorze des projets de construction de réacteurs sont actuellement situés en Europe de l’Est. Pour la Hongrie, la Pologne et la République tchèque – fortement tributaires des réacteurs nucléaires à charbon – les réacteurs nucléaires sont une passerelle efficace vers les objectifs de décarbonisation, tout en garantissant des prix de l’électricité stables. La Hongrie a déjà signé un accord avec la Russie pour la construction de réacteurs VVER, tandis que la République tchèque investit dans l’augmentation de la capacité nucléaire d’ici 2040.

La revendication d’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie est également légitimée alors que la Commission européenne reconsidère le statut du gaz naturel – plus polluant que le nucléaire, mais en passe d’être inclus dans les rangs des investissements préférentiels.

Par Tatiana Serova pour Oilprice.com

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