La France nie tout rôle dans le génocide au Rwanda et promet de découvrir la vérité – The East African

Par JOHNSON KANAMUGIRE

La France a publié un rapport basé sur deux ans de consultation et de recherche des archives du pays par une équipe d’historiens pour déterminer la complicité du pays

Alors que le Rwanda marque le 27e anniversaire du génocide de 1994 contre les Tutsi ce mois-ci, les survivants ont salué l’engagement de la France à démêler la vérité derrière les meurtres, malgré le rejet de sa complicité dans un rapport sur son rôle présumé dans le génocide.

Le rapport, basé sur deux ans de consultation et de recherche des archives du pays par une équipe d’historiens pour déterminer le rôle et l’engagement de la France dans le génocide, a été salué comme une bonne étape dans la tentative de mettre fin aux taches de longue date dans les relations avec le Rwanda.

«Nous voyons cela comme une bonne étape pour un pays qui a commencé par nier le génocide et en protégeant les auteurs. Nous avons lu sa volonté d’instituer la commission, et la France a manifesté son intérêt pour mener des enquêtes susceptibles de conduire à la justice pour les coupables, surtout depuis l’arrivée au pouvoir du président Emmanuel Macron », a déclaré Naphtal Ahishakiye, secrétaire exécutif de l’organisation des survivants du génocide Ibuka. L’EastAfrican.

Cependant, il a déclaré qu’Ibuka avait encore besoin de temps pour analyser en profondeur le rapport de la France avant de pouvoir faire une annonce officielle sur ses conclusions.

«Une équipe juridique a été chargée d’analyser le rapport, en examinant spécifiquement la méthodologie utilisée pour rassembler les faits et déterminer ce qui est la vérité et ce qui ne l’est pas», a-t-il déclaré.

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Accusations commerciales

Pendant des années, le Rwanda et la France ont échangé des accusations sur le rôle de ce dernier dans le génocide, en particulier militairement en aidant les auteurs à échapper à la justice.

Le nouveau rapport souligne la responsabilité écrasante de l’ancien président François Mitterrand et de son entourage, pour avoir apporté leur soutien à ceux qui ont commis le génocide contre les Tutsi.

Leurs responsabilités sont avant tout «politiques», un «aveuglement» face au régime raciste, corrompu et violent de l’ancien président Juvénal Habyarimana, souligne le rapport.

Ses conclusions indiquent en outre qu’entre 1990 et 1994, la France a apporté un soutien militaire sans faille au Rwanda, notamment à travers des opérations de formation de l’armée, malgré les différentes alertes lancées sur la radicalisation d’une partie du régime hutu.

Le rapport a cependant dégagé la France de sa complicité dans le génocide, mais souligne l’incapacité des décideurs «à distinguer ce qui se passait au Rwanda des massacres de masse».

«Rien ne montre cependant que la France est devenue« complice »du génocide. Si nous entendons par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire, rien dans les archives consultées ne vient le démontrer », souligne le rapport.

Le gouvernement rwandais n’a pas tardé à saluer le rapport comme une étape importante vers une compréhension commune du rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi.

Allégations antérieures

En 2008, le Rwanda a publié un rapport alléguant que Paris avait joué un rôle actif dans la préparation et l’exécution du génocide, allégations rejetées par les régimes successifs en France.

Le gouvernement affirme maintenant qu’un rapport d’enquête commandé en 2017 sera publié dans les semaines à venir.

«Les conclusions complimenteront et enrichiront celles de la commission Duclert», a déclaré le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Les relations bilatérales du Rwanda avec la France ont montré des signes de normalisation avec la présidence du président Macron alors qu’il s’attaquait à des questions litigieuses clés.

En plus d’ouvrir les archives contestées, son régime a entrepris le processus de proclamation du 7 avril comme journée nationale de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi.

L’arrestation de l’un des principaux cerveaux présumés du génocide Félicien Kabuga à Paris l’année dernière a également fait naître l’espoir de l’engagement du pays à améliorer ses relations avec le Rwanda.

Kigali espère voir la France prendre de nouvelles mesures pour extrader les fugitifs du génocide dans le pays. Le pays compte le plus grand nombre de suspects en Occident sur la base des actes d’accusation et des mandats d’arrêt émis par le parquet rwandais.

Avant la visite prévue du président Macron au Rwanda cette année, les groupes et militants de survivants du génocide basés en Europe ont intensifié leurs appels à la France pour qu’elle poursuive et traduise en justice tous les suspects de génocide qui se cachent encore sur son sol 27 ans plus tard.