La France impose un verrouillage d’un mois en région parisienne – POLITICO.eu

PARIS – Le Premier ministre français, Jean Castex, a annoncé jeudi que la région parisienne, la région des Hauts-de-France et plusieurs autres départements du sud de la France seront verrouillés pendant quatre semaines à partir de ce week-end.

Le président Macron avait tenu à éviter à tout prix cette mesure afin de préserver la vie sociale et économique du pays.

“La propagation de l’épidémie s’accélère clairement”, a déclaré M. Castex aux journalistes jeudi. “Cette accélération apparaît comme une troisième vague au moment même où nous nous approchons du chiffre terrible de 100 000 morts”.

Le Premier ministre a également annoncé que les vaccinations AstraZeneca reprendraient dès vendredi après-midi, suite à l’avis de l’Agence européenne des médicaments selon lequel le vaccin était “sûr et efficace.”

Le pays a été tenu en haleine pendant plusieurs jours, le gouvernement ayant laissé entrevoir de nouvelles restrictions tout en semblant avoir du mal à se décider.

Castex a tenu à éviter le mot “lockdown”, soulignant que les mesures “ne seront pas les mêmes que celles que nous avons imposées en mars et novembre de l’année dernière”.

Les nouvelles mesures comprennent la fermeture des magasins non essentiels, la limitation des déplacements à moins de 10 kilomètres des habitations et l’encouragement du travail à distance. Les déplacements longue distance entre les régions sous confinement et les autres régions seront également interdits. Les écoles resteront toutefois ouvertes, et les promenades et l’exercice seront autorisés.

Nouveau pic

La nuit dernière, le nombre de cas de COVID-19 a dépassé les 38 000 au cours des dernières 24 heures, battant ainsi un record de quatre mois. Ce chiffre est en hausse par rapport à celui de la veille, qui était de près de 30 000, après des semaines où le nombre de cas quotidiens a oscillé autour de 20 000.

Les médecins ont prévenu que les unités de soins intensifs sont débordées et que les opérations non urgentes ont été reportées dans plusieurs régions. En région parisienne, le nombre de patients dans les unités de soins intensifs a atteint 1 200, soit plus de 100 % de la capacité des unités de soins intensifs.

L’escalade de l’épidémie de COVID-19 survient à un moment difficile pour la France. L’utilisation du vaccin d’AstraZeneca a été suspendue mardi en raison de problèmes de coagulation du sang, et son programme de vaccination est critiqué pour son retard par rapport à ses homologues européens.

Des hôpitaux débordés

Les autorités sont particulièrement inquiètes de la situation des hôpitaux de la région parisienne, où se trouvent un quart des patients en soins intensifs. Actuellement, les hôpitaux français comptent 25 000 patients COVID-19.

“Les unités de soins intensifs à Paris débordent”, a déclaré Gilbert Deray, chef du service des reins à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. “Le stress est extrême. Chaque jour, nous avons 100 nouveaux patients admis en réanimation, chaque jour nous cherchons des lits, nous nous demandons où nous allons mettre les patients.”

“Nous sommes au bord de la rupture, et nous sommes terrifiés à l’idée de devoir commencer à choisir entre les patients”, a-t-il ajouté.

La semaine dernière, dans une tentative de soulager la pression, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé que les hôpitaux d’Ile-de-France commenceraient à transférer des “dizaines, voire des centaines” de patients vers d’autres régions pour libérer des lits. Jusqu’à présent, cependant, seuls 10 patients ont été transférés par avion, selon l’autorité régionale de santé ARS, et les transferts prévus par train ont été annulés.

“Seuls 10 % des patients en soins intensifs peuvent effectivement être déplacés, et il faut à chaque fois obtenir l’accord des proches pour déplacer un patient intubé sous respirateur à quelque 600 kilomètres de là. Les images sont belles à la télévision mais cela ne résoudra rien.”

Coût politique

Jusqu’à mercredi, Macron aurait tenté d’éviter d’imposer un confinement national, ou même un confinement de week-end en région parisienne.

“Les gens rentrent très tard tous les soirs, on ne peut pas les enfermer du vendredi soir au dimanche soir. C’est une vie qui n’est pas possible”, a-t-il déclaré aux maires locaux, selon France Bleu.

Éviter l’enfermement est l’un des piliers de la gestion de l’épidémie de COVID-19 par M. Macron, ce qui l’a souvent mis en porte-à-faux avec les représentants du secteur de la santé – en particulier lorsque de nouvelles variantes de COVID-19, plus contagieuses, se sont répandues en France.

En février, le principal conseiller français en matière de COVID-19, Jean-François Delfraissy, a averti que le gouvernement devrait copier les Britanniques dans sa lutte contre les nouvelles variantes. Il a fait valoir que les demi-mesures ne fonctionnent pas et que des mesures strictes de confinement ont permis d’enrayer l’épidémie au Royaume-Uni.

C’est un conseil qu’Emmanuel Macron avait refusé de suivre à l’époque, arguant que le coût social et économique d’un verrouillage pour le pays était trop élevé.

Le retour en arrière a maintenant un coût politique élevé pour Macron, a déclaré Bruno Jeanbart, sondeur chez OpionWay.

“C’est une gifle pour lui, et cela montre qu’il avait tort”, a-t-il dit. “Le gouvernement et le président ont mis en avant la décision de ne pas verrouiller, en disant qu’il était le plus malin, meilleur que les médecins, alors que le nombre de cas n’a pas augmenté immédiatement.”

L’introduction d’un verrouillage même partiel montre, selon lui, que le récit officiel était faux.