Sophie Benoiton 28 mars 2019

Ils se demandent si la Cour pénale internationale est compétente.
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Les exécutions de prisonniers signalées par ISIS sur les réseaux sociaux étaient un moyen de déclencher la peur et de gagner des adeptes. Photo : El País Archive
Les exécutions de prisonniers signalées par ISIS sur les réseaux sociaux étaient un moyen de déclencher la peur et de gagner des adeptes. Photo : El País Archive

Des hommes décapités, brûlés vifs dans des cages, torturés à mort, des femmes et des jeunes filles vendues comme esclaves sexuelles, des enfants entraînés à être des tueurs sanguinaires du “califat” : certains des crimes les plus horribles de l’histoire peuvent rester impunis car le monde est incapable de juger l’État islamique (ISIS).

“Nous vivons au XXIe siècle, mais nous avons un système politique essentiellement défini au XVIIIe siècle, fondé sur les États nationaux “, explique l’Argentin Luis Moreno Ocampo, premier procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI).

Et ce sont les plus puissants qui décident, en privilégiant leurs intérêts particuliers, de la justice internationale, devenue obsolète face au terrorisme mondial.

En près de cinq ans de “califat” tyrannique en Syrie et en Irak, la barbarie a dépassé toutes les limites, mais les gouvernements sont encore réticents à partager, par exemple, des informations pour réduire leur financement ou mettre fin à leur influence sur Internet.

“Nous devons inventer quelque chose de nouveau, y compris une justice plus intelligente”, dit Moreno Ocampo, convaincu que c’est un moment clé pour y parvenir : “La frustration avec ISIS est l’occasion de repenser de nouvelles institutions qui nous permettront de sortir de cette situation. De plus, la justice est toujours le meilleur moyen de “mettre fin au cycle de la violence”, ajoute Nadia Murad, ex-esclave de Yazidi et lauréate du prix Nobel de la paix.

Le “califat” est déjà tombé, mais tous les experts s’accordent à dire que, loin d’être la fin d’ISIS, c’est le début du “califat global” : cellules dormantes, loups solitaires et appels au martyre dans les réseaux sociaux. La manière d’affronter cette bataille sera décisive : “nous ne pouvons pas tomber dans l’erreur d’utiliser la guerre contre le terrorisme”, assure Ocampo.

C’est ce que le général Stanley McChrystal, ancien commandant en chef des forces internationales en Afghanistan, appelait “les mathématiques de l’insurrection” : s’il y a 10 terroristes et que nous en tuons 2, combien en reste-t-il ? 20, car la famille et les amis deviennent terroristes.

“La décision de cesser d’utiliser la justice contre le terrorisme mondial a été prise le 11 septembre 2001 sans aucune réflexion. Le président (George W.) Bush estimait que la guerre était plus puissante que la justice, mais ce n’est pas le cas “, explique M. McChrystal. Pour lui, la clé contre le nouveau terrorisme mondialisé est très claire : couper leurs sources de financement.

Si le chef de l’ISIS, Abu Bakr al Baghdadi, était capturé vivant, qui le jugerait, où, pour quels crimes, qui poursuivrait les milliers de membres de l’ISIS qui se sont rendus pendant le siège et la chute de leur dernière place forte en Syrie ?

La CPI, qui a le pouvoir de poursuivre les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, semble être le tribunal le plus approprié.

Mais ce n’est pas si simple : comme ni l’Irak ni la Syrie ne sont signataires du Statut de Rome, qui a créé la CPI en 1998, la CPI ne peut intervenir que sur demande du Conseil de sécurité de l’ONU et cela ne semble pas probable. “La CPI n’a pas une portée universelle” et “malheureusement, elle ne sera pas mandatée pour enquêter sur ce qui s’est passé en Syrie parce que toutes les parties seraient jugées également et que ni les Etats-Unis ni la Russie, qui ont agi sur le terrain, ne vont le permettre”, explique Ocampo.

Ce que la CPI peut faire, c’est enquêter sur les combattants des États parties, une solution pour l’Europe, car les pays européens en sont membres, en plus de la Jordanie et de la Tunisie.

En tout état de cause, Al Baghdadi, qui est iraquien, ne peut être jugé que dans son propre pays ou là où il a commis ses crimes.

Mais il existe une “solution tactique” pour traduire le dirigeant d’ISIS devant la CPI : le génocide Yazidi reconnu par l’ONU.

En août 2014, plus de 6 000 membres de cette minorité religieuse ont été enlevés et quelque 5 000 ont été tués dans les montagnes de Sinyar, leur foyer depuis des siècles dans le nord de l’Iraq. Près de cinq ans plus tard, le “califat” s’est effondré et quelque 3 000 personnes, pour la plupart des femmes et des filles, sont toujours portées disparues.

Nadia Murad, racontant sans cesse au monde l’horreur djihadiste, se bat pour que les Yazidi soient entendus au tribunal. Sa mère et ses 6 frères et sœurs ont été tués par des extrémistes.

“La communauté internationale a la responsabilité juridique d’arrêter le génocide”, insiste le dernier prix Nobel de la paix.

Pour l’instant, il existe deux mécanismes des Nations Unies très utiles sur cette voie : un mécanisme d’enquête en Irak uniquement pour les crimes ISIS promus par le Conseil de sécurité et celui créé en Syrie par l’Assemblée générale, explique Ocampo.

“Nous avons dit : plus jamais après l’Holocauste, de Srebrenica, du Rwanda, du Darfour, du Darfour, des Yazidis, des Rohinyas…. mais il y a un défaut de conception que nous devons encore résoudre, conclut-il.

 

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