29 octobre 2020

Renault, Nissan, Mitsubishi présentent un nouveau plan pour survivre à la crise du coronavirus

Lorsque Renault SA, Nissan Motor Co et Mitsubishi Motors Corp ont annoncé le dernier plan stratégique de leur Alliance en septembre 2017, l’objectif était de devenir le plus grand constructeur automobile du monde d’ici 2022.

Mercredi, les partenaires de l’Alliance présenteront un nouveau plan avec un objectif moins noble, la survie, a rapporté Reuters.

“Il y aura une restructuration, il y aura des réductions de coûts fixes, il y aura un certain nombre de projets qui seront réduits”, a déclaré à Reuters une personne ayant connaissance du plan, sous réserve d’anonymat avant l’annonce.

Les trois constructeurs automobiles se remettent de la pandémie de coronavirus qui les a engloutis au moment même où ils tentaient de retravailler leur partenariat après l’arrestation en 2018 et l’éviction subséquente de son président et architecte en chef, Carlos Ghosn.

Les bénéfices des trois constructeurs automobiles sont en chute libre et des milliers d’emplois seront menacés lorsque Renault et Nissan annonceront des plans de restructuration distincts dans le courant de la semaine.

L’Alliance remaniée devrait se concentrer sur des divisions du travail plus systématiques, un partenaire dirigeant pour un type de véhicule et une géographie particuliers tandis que les autres suivent.

“Le plan aura un esprit positif, basé sur un schéma clair de leaders-suiveurs et sur la complémentarité entre les entreprises”, a déclaré une source proche de Renault.

Voici une chronologie des principaux événements de l’histoire de l’alliance.

1996

Ghosn rejoint Renault en tant que vice-président exécutif alors que l’entreprise lutte contre la baisse de rentabilité. L’année suivante, il dévoile son “plan de réduction des coûts de 20 milliards de francs”, ravivant ainsi sa réputation de “Le cost killer”, acquise lors de son précédent emploi chez le fabricant de pneus Michelin.

La rentabilité de Renault est multipliée par trois à la fin de 1998.

1999

En mars, Renault vient à la rescousse de Nissan, qui a connu trois années consécutives de pertes.

Plus tard, Ghosn révèle son “Nissan Revival Plan”, qui vise un retour à la rentabilité pour l’exercice 2000.

Ghosn et son comité exécutif promettent de démissionner si les objectifs ne sont pas atteints.

Après avoir supprimé 21 000 emplois, soit 14 % des effectifs, fermé certaines usines locales et démantelé les sociétés du groupe “keiretsu”, Nissan atteint ses objectifs un an avant la date prévue.

Ghosn est fêté comme une célébrité du monde des affaires au Japon, inspirant une bande dessinée manga basée sur sa vie.

2000

Ghosn devient PDG de Nissan. À la fin de l’année 2000, Nissan contribue à peu près à la moitié du bénéfice net annuel de Renault, une situation qui se poursuit largement à ce jour.

2002

Nissan annonce son plan de croissance triennal “Nissan 180”, qui vise une augmentation d’un million d’unités des ventes mondiales d’ici septembre 2005.

2005

Nissan ne parvient pas à atteindre son objectif de croissance des ventes mondiales.

Elle annonce un plan triennal “Value Up” visant à maintenir une marge opérationnelle de haut niveau dans l’industrie, à atteindre des ventes mondiales de 4,2 millions d’unités d’ici mars 2009 et un retour sur investissement de 20 %.

Ghosn devient président et directeur général de Renault.

2006

Ghosn annonce “Renault Commitment 2009” pour positionner le constructeur automobile comme le plus rentable d’Europe en termes de volume.

2008

Nissan ne parvient pas à atteindre ses principaux objectifs de “Value Up”.

Le constructeur automobile annonce son plan quinquennal “GT 2012” qui se concentre sur l’investissement mais le supprime en raison de la crise financière.

2011

Nissan annonce son plan à moyen terme “Power 88”, qui comprend des objectifs visant à atteindre une marge bénéficiaire opérationnelle mondiale de 8 % et une part de marché mondiale de 8 % d’ici 2017.

2012

Nissan s’efforce de faire passer sa part de marché aux États-Unis à 10 %. Le bénéfice d’exploitation de Renault baisse pour la deuxième année consécutive en raison du ralentissement des ventes en Europe.

2013

Renault et Nissan annoncent leur plan de “famille de modules communs” pour le développement et la fabrication de véhicules à faible coût.

Le nouveau système vise à réduire les coûts des composants de 20 à 30 % dans l’ensemble de l’alliance. L’année suivante, ils font converger davantage de fonctions, avec pour objectif des économies annuelles de 10 milliards d’euros (11 milliards de dollars) d’ici à 2022 environ.

2016

Nissan annonce qu’il va prendre une participation majoritaire dans Mitsubishi Motors, qui est aux prises avec un scandale de tricherie sur le kilométrage. Ghosn devient président du constructeur automobile, ce qui lui permet de présider les trois partenaires.

2017

M. Ghosn a déclaré qu’il quitterait son poste de PDG de Nissan en avril pour se concentrer sur l’amélioration de la rentabilité de Renault et sur l’assurance que l’alliance sera “irréversible” après son départ à la retraite.

Nissan affiche un bénéfice d’exploitation record de 742,2 milliards de yens (6,90 milliards de dollars), mais n’atteint pas les objectifs de “Power 88”. Les marges bénéficiaires américaines s’effondrent, car les fortes remises accordées pour stimuler les ventes entraînent une chute des bénéfices en Amérique du Nord.

Plus tard, Ghosn annonce l'”Alliance M.O.V.E. 2022″, qui fixe des objectifs combinés pour Renault, Nissan et Mitsubishi afin d’atteindre l’objectif actuel de synergies annuelles de 10 milliards d’euros.

Renault affiche un bénéfice d’exploitation record et des ventes mondiales de 3,76 millions d’unités.

L’alliance vend ensemble plus de 10 millions de véhicules dans le monde, ce qui en fait l’un des plus grands constructeurs automobiles.

2018

Ghosn est arrêté au Japon, accusé d’avoir sous-déclaré son salaire pendant plus de dix ans. Il est accusé d’autres crimes, notamment d’avoir utilisé les fonds de Nissan à ses propres fins. Il est renvoyé en tant que président de l’alliance.

2019

Nissan et Renault se remettent de l’arrestation de Ghosn. Les deux constructeurs automobiles remettent à plat leur système de gouvernance d’entreprise et nomment de nouveaux conseils d’administration, alors que les bénéfices continuent de baisser.

L’alliance nomme un nouveau président, Jean-Dominique Senard, vétéran du Michelin. Les tensions s’intensifient entre les constructeurs automobiles après la tentative de Renault de resserrer les liens capitalistiques avec Nissan, une démarche que le constructeur japonais réprimande.

Le 29 décembre, Ghosn s’échappe du Japon à bord d’un vol affrété. Il finit par arriver au Liban, la maison de son enfance.

2020

Makoto Uchida, le nouveau directeur général de Nissan, a déclaré en février qu’il accepterait d’être licencié s’il ne parvenait pas à redresser la situation du constructeur automobile.

Renault a annoncé en avril qu’il était en pourparlers avec le gouvernement français pour obtenir un prêt garanti par l’État de plusieurs milliards d’euros d’ici à la mi-mai afin de renforcer sa liquidité.