19 septembre 2020

L’UE doit être à la hauteur de ce qu’elle représente, sinon nous serons peut-être tous Hong Kong demain

e 26 juin 1963, le président des États-Unis de l’époque, John F. Kennedy, a prononcé son célèbre “Ich bin ein Berliner“Le discours de la Commission européenne a souligné le soutien du monde libre à Berlin-Ouest et à l’Allemagne de l’Ouest.

47 ans plus tard, la procédure spéciale 50 du Conseil des droits de l’homme des Nations unies a dénoncé la répression de Pékin au Tibet et à Hong Kong. Cette déclaration est intervenue juste avant que la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong ne soit approuvée par le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale.

La Perle de l’Orient a soudainement gagné un nouveau nom, celui de “Berlin-Ouest” de la nouvelle guerre froide.

Toutefois, contrairement à Berlin-Ouest, Pékin n’a pas construit de mur pour empêcher ses entreprises d’investir à Hong Kong, ni demandé aux étrangers de quitter le territoire. Au lieu de cela, Pékin a toujours proclamé que l’introduction de la loi sur la sécurité nationale visait à fournir une assurance supplémentaire de la fameuse doctrine “Un pays, deux systèmes” inventée par Deng Xiaoping, un leader que la Chine a depuis longtemps dépassé.

Toutefois, c’est précisément ce genre d’attitude qui devrait pousser l’Union européenne à agir – au-delà de l’expression d’une “grave préoccupation” – et à prendre au sérieux la question de Hong Kong. La promulgation de la loi sur la sécurité nationale est un test décisif de la capacité de l’UE à défendre ses intérêts et ses valeurs universelles dans le contexte du “grand découplage”.

Les universitaires en relations internationales et les spécialistes de l’UE s’accordent à dire que les relations contemporaines UE-Chine sont déterminées par deux facteurs (comme le suggère Michael Yahuda). Premièrement, la tyrannie de la distance, et deuxièmement, la primauté du commerce. En bref, en raison du manque d’ambition géopolitique de l’UE et de l’absence de frontières géographiques communes (terrestres ou maritimes), la protection et la promotion des intérêts économiques de l’UE en Chine est le principal moteur de l’action de l’UE envers la Chine.

En conséquence, l’Union européenne est depuis longtemps satisfaite du modèle de coopération actuel. Dans le domaine du commerce et de l’investissement, l’UE opte pour un bon accord commercial en l’absence d’une clause relative aux droits de l’homme (du Accord de commerce et de coopération signé en 1985, à la conclusion tant attendue de l Accord global UE-Chine sur l’investissement).

Contrairement à son approche d'”engagement sélectif” avec la Russie, l’Union européenne ne lie pas actuellement sa présence commerciale en Chine à un meilleur développement politique et à des réformes sociales – sans parler de la violation présumée de la sécurité des citoyens à Hong Kong.

Cependant, la nouvelle réalité qui a suivi la promulgation de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong exige exactement cela. Comme le précise l’article 38, la loi aura des effets extraterritoriaux, car elle s’applique aux infractions commises en dehors de Hong Kong par une personne qui n’est pas un résident permanent de la région. Par exemple, toute personne qui a participé au récent webinaire en ligne du Centre Martens discutant de la situation à Hong Kong s’expose à des poursuites en vertu de l’article 38, car le fait d’y participer peut être considéré comme une incitation à la haine, voire à des sanctions à l’égard de Pékin.

La loi de sécurité nationale constitue sans aucun doute une menace pour les droits et libertés fondamentaux dont jouissent les citoyens européens, les partis politiques, les groupes de réflexion ou les groupes d’activistes. Le message de Pékin est clair : quiconque souhaite faire des affaires à Hong Kong doit respecter le concept de sécurité nationale de la Chine, quelle que soit sa nationalité ou sa localité.

La loi sur la sécurité nationale a également un impact sur les entreprises européennes. Selon les dernières règles de mise en œuvre, les autorités sont habilitées à “geler, restreindre, confisquer et confisquer tout bien lié à des infractions mettant en danger la sécurité nationale”. Elles peuvent également exiger des organisations et des agents politiques étrangers qu’ils fournissent des informations sur les activités concernant Hong Kong. La loi crée délibérément un dilemme et le fait comprendre aux entreprises européennes. Si une société remet des informations aux autorités, elle viole la bonne volonté de ses clients. Si une entreprise ne coopère pas, ses intérêts commerciaux à Hong Kong et en Chine continentale en pâtiront.

Pékin exploite efficacement le vaste réseau d’entreprises et les intérêts économiques de l’Occident à Hong Kong, afin de tester la capacité de l’Union européenne à trouver un équilibre entre sa recherche de bénéfices commerciaux et son engagement en faveur des valeurs universelles.

Du point de vue de Pékin, si les entreprises européennes et les États membres de l’UE se plient au nouvel arrangement de Hong Kong, Pékin aura pleinement confiance dans le fait que les intérêts économiques serviront toujours de bon levier diplomatique contre l’UE. Dans ce cas, l’accord global sur les investissements, dans sa forme actuelle, sert les principaux intérêts politiques de Pékin.

Le maintien de la le statu quo ne donne pas à l’Union européenne un avantage concurrentiel face à la forte puissance chinoise en Europe. Ce n’est qu’en agissant d’une seule voix et en abordant sérieusement la question de Hong Kong que l’Union européenne pourra changer le statu quo et explorer de nouvelles possibilités dans les relations UE-Chine.

Cet article ne préconise pas de sanctions contre Pékin, ni ne demande à l’UE de fournir une politique de canots de sauvetage à la britannique aux citoyens de Hong Kong. Au contraire, cette thèse plaide pour que les Européens agissent d’une seule voix, et pour que l’Union européenne redécouvre sa capacité diplomatique, ancrée dans la force dominante du Marché commun, et son formidable régime réglementaire mondial.

Comme l’histoire l’a montré, toute hésitation ferait de l’Europe un champ de bataille idéologique. Si une nouvelle guerre froide devait éclater dans le 21st siècle, Bruxelles doit utiliser sa force structurelle pour protéger le fondement même de la paix, de la prospérité et du bien-être des citoyens européens.