24 octobre 2020

L’Europe ne peut plus ignorer les violations des droits de l’homme à l’encontre des Ouïghours dans ses relations avec la Chine

Alors qu’il a été révélé que la Chine a intensifié ses investissements en Italie, notamment la construction de nouveaux ports à Venise et à Trieste dans le cadre de son initiative “Belt and Road”, les militants accusent les gouvernements et les entreprises européennes d’être complices des politiques de nettoyage ethnique menées par la Chine contre sa population ouïghoure, soulignant le recours croissant de la Chine au travail forcé dans les camps de détention de la région du Xinjiang.

La région est une source importante pour la pétrochimie, l’agriculture, le textile et le coton chinois, représentant plus de 80 % de la production chinoise de coton. La loi sur la prévention du travail forcé a été adoptée aux États-Unis le 22 septembre pour interdire les importations en provenance de la région autonome chinoise du Xinjiang soupçonnées d’être produites par le recours au travail forcé des minorités ethniques chinoises.

Bien que l’UE considère de plus en plus la Chine comme un “rival systémique”, de tels actes punitifs ne sont pas encore à l’ordre du jour de l’Union. Même après un sommet UE-Chine glacial, un nouveau plan de lutte contre les subventions chinoises, un mécanisme de filtrage des investissements visant à protéger l’industrie européenne contre les acquisitions chinoises et une surveillance accrue pour assurer la sécurité des réseaux 5G, l’UE conserve une approche pragmatique de ses relations avec le géant du commerce, parfois en contradiction avec ses propres valeurs. D’autant plus que l’influence chinoise dans l’UE est due au format 17+1.

Une conférence organisée par la Fondation européenne pour la démocratie cette semaine a mis en lumière les violations flagrantes des droits de l’homme dans les camps de “rééducation” du Xinjiang, où plus d’un million de Ouïghours sont détenus, notamment les disparitions, la stérilisation forcée, l’endoctrinement politique et la torture.

Depuis 2017, le régime chinois interdit la langue et la religion des Ouïghours, allant même jusqu’à détruire des cimetières et des sites religieux, sous couvert de lutte contre l’extrémisme. Le militant ouïghour des droits de l’homme Rushan Abbas a comparé les actes barbares de la Chine, qui est allée jusqu’à utiliser la minorité ouïghoure comme “cobaye” pour les vaccins COVID-19, au régime nazi allemand, soulignant l’obligation de la communauté internationale de mettre fin à ces crimes contre l’humanité en vertu de la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.

Alors que les experts ont discuté des tactiques insidieuses utilisées par la Chine pour faire taire les chercheurs qui se concentrent sur la situation des Ouïghours, telles que l’intimidation, la diffusion de la désinformation, la menace de réduction des financements, la mobilisation des étudiants chinois, ils ont invité les gouvernements, les universités et les médias européens à rester fermes derrière les valeurs européennes, telles que la démocratie et les droits de l’homme.

Des membres de la communauté ouïghoure manifestent sur la place du Dam à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 29 décembre 2019. EPA-EFE//REMKO DE WAAL

Les efforts de l’UE pour décerner le prix Sakharov à l’universitaire ouïghour Ilham Tohti, emprisonné en 2019, ont certainement été un pas dans la bonne direction. Telle est l’action menée actuellement par l’UE pour mettre en place une loi Magnitsky pour le bloc, un mécanisme permettant d’imposer des sanctions aux personnes soupçonnées de violations des droits de l’homme, à l’instar de ce qui se fait aux États-Unis. Cependant, ces mesures pourraient ne pas suffire à mettre un terme à la tragédie humaine du Xinjiang.

Les États membres de l’UE doivent avoir une stratégie commune et adopter une position unie et globale dans leurs relations avec la Chine. Ils devraient sérieusement envisager d’adopter des mesures, telles que la création d’une loi européenne sur la prévention du travail forcé, le boycott des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022, l’envoi d’une mission d’enquête de l’UE sur les violations des droits de l’homme dans la région du Xinjiang, l’intensification de l’examen des instituts Confucius et du jumelage avec des villes chinoises, ainsi que la subordination de tout futur accord avec la Chine au respect des droits de l’homme.

Si l’approche pragmatique actuelle de l’UE visant à préserver les relations commerciales et économiques avec la Chine se poursuit, l’Union risquerait d’importer le modèle chinois des droits de l’homme au détriment de ses valeurs, et personne ne pourrait garantir que des camps de travail forcé ne seront pas établis sur le sol européen à l’avenir, répétant les pires horreurs de l’histoire.