10 août 2020

Les États-Unis vont rejeter la quasi-totalité des revendications maritimes chinoises en mer de Chine méridionale

Les responsables américains affirment que l’administration Trump est sur le point d’intensifier ses actions contre la Chine en s’attaquant directement à l’une des questions régionales les plus sensibles qui les divisent et en rejetant catégoriquement presque toutes les importantes revendications maritimes de Pékin dans la mer de Chine méridionale.

Dans un geste qui, selon les fonctionnaires, devrait être pris dès lundi, l’administration présentera la décision comme une tentative de freiner l’affirmation croissante de la Chine dans la région avec un engagement à reconnaître le droit international.

Mais elle aura presque certainement pour effet plus immédiat d’exaspérer encore plus les Chinois, qui ripostent déjà à de nombreuses sanctions américaines et à d’autres pénalités sur d’autres sujets.

Les fonctionnaires n’ont pas été autorisés à discuter publiquement de l’affaire et se sont exprimés sous le couvert de l’anonymat.

Il viendra aussi alors que le président Donald Trump est de plus en plus critiqué pour sa réaction à la pandémie de Covid-19, qu’il a intensifié ses critiques à l’égard de la Chine à l’approche des élections de 2020 et qu’il a cherché à dépeindre son futur adversaire démocrate, l’ancien vice-président Joe Biden, comme faible face à la Chine.

Auparavant, la politique américaine consistait à insister pour que les différends maritimes entre la Chine et ses petits voisins soient résolus pacifiquement par un arbitrage soutenu par l’ONU.

Mais dans une déclaration préparée pour être publiée lundi, l’administration prévoit de dire que les États-Unis considèrent désormais comme illégitimes pratiquement toutes les revendications maritimes chinoises en dehors de leurs eaux internationalement reconnues. Ce changement ne concerne pas les litiges portant sur des caractéristiques terrestres situées au-dessus du niveau de la mer, qui sont considérées comme étant de nature “territoriale”.

Le monde ne permettra pas à Pékin de traiter la mer de Chine méridionale comme son empire maritime, selon un projet de déclaration.

L’Amérique est aux côtés de ses alliés et partenaires d’Asie du Sud-Est pour protéger leurs droits souverains sur les ressources offshore, conformément à leurs droits et obligations en vertu du droit international. Nous sommes aux côtés de la communauté internationale pour défendre la liberté des mers et le respect de la souveraineté, et nous rejetons toute tentative d’imposer la loi du plus fort dans la mer de Chine méridionale ou dans la région au sens large.

Bien que les États-Unis restent neutres dans les litiges territoriaux, l’annonce signifie que l’administration se range en fait du côté du Brunei, de l’Indonésie, de la Malaisie, des Philippines et du Vietnam, qui s’opposent tous aux affirmations chinoises de souveraineté sur les zones maritimes entourant les îles, les récifs et les hauts-fonds contestés.

Il y a des cas évidents où (la Chine) revendique la souveraineté sur des zones qu’aucun pays ne peut légalement revendiquer, a déclaré le Département d’Etat dans une fiche d’information préparée pour accompagner la déclaration.

L’annonce devrait être publiée le lendemain du quatrième anniversaire d’une décision contraignante prise par un groupe d’arbitrage en faveur des Philippines, qui a rejeté les revendications maritimes de la Chine autour des îles Spratly et des récifs et hauts-fonds voisins.

La Chine a refusé de reconnaître cette décision, qu’elle a rejetée comme une imposture, et a refusé de participer à la procédure d’arbitrage. Elle a continué à défier la décision par des actions agressives qui l’ont amenée à des prises de bec territoriales avec le Vietnam, les Philippines et la Malaisie ces dernières années.

Cependant, l’administration affirme que la Chine n’a pas de revendications maritimes valables sur le récif de Scarborough, le récif Mischief ou le deuxième banc de Thomas, qui sont riches en poissons et potentiellement en énergie. Les États-Unis ont déclaré à plusieurs reprises que les zones considérées comme faisant partie des Philippines sont couvertes par un traité de défense mutuelle entre les États-Unis et les Philippines en cas d’attaque contre celles-ci.

En plus de réitérer son soutien à cette décision, le projet de déclaration indique que la Chine ne peut légalement revendiquer le haut-fond James près de la Malaisie, les eaux entourant le banc Vanguard au large du Vietnam, le haut-fond Luconia près de Brunei et Natuna Besar au large de l’Indonésie.

En tant que tel, il indique que les États-Unis considéreront comme illégal tout harcèlement par la Chine des navires de pêche ou de l’exploration pétrolière dans ces zones.

Cette annonce intervient dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et la Chine sur de nombreuses questions, notamment la pandémie de coronavirus, les droits de l’homme, la politique chinoise à Hong Kong et au Tibet et le commerce, qui ont fait chuter les relations au cours des derniers mois.

Mais l’impact pratique de cette annonce n’est pas immédiatement clair. Les États-Unis ne sont pas partie au traité des Nations unies sur le droit de la mer, qui prévoit un mécanisme de résolution des litiges. Malgré cela, le département d’État a noté que la Chine et ses voisins, dont les Philippines, sont parties au traité et devraient respecter la décision.

Les États-Unis n’ont aucune revendication sur les eaux mais ont déployé depuis des décennies des navires et des avions de guerre pour patrouiller et promouvoir la liberté de navigation et de survol de cette voie navigable très fréquentée.

La semaine dernière, la Chine s’est plainte avec colère du fait que les États-Unis ont fait jouer leur puissance militaire dans la mer de Chine méridionale en menant des exercices conjoints avec deux groupes de porte-avions américains dans cette voie d’eau stratégique.

La marine a déclaré que les USS Nimitz et Ronald Reagan, ainsi que les navires et les avions qui les accompagnent, ont mené des exercices visant à maximiser les capacités de défense aérienne et à étendre la portée des frappes maritimes de précision à longue portée à partir d’avions porte-avions dans une zone d’opérations en évolution rapide.