15 août 2020

Les dirigeants de l’UE se débattent avec une “mission impossible” lors d’un sommet sur la relance dans l’impasse

Les dirigeants européens se sont retrouvés dans l’impasse lundi après trois jours de marchandage sur un plan de relance des économies, paralysées par la pandémie de Covid-19, mais le président de leur sommet, d’une durée presque record, les a exhortés à faire un dernier effort pour accomplir une “mission impossible”.

Charles Michel a rappelé aux 27 dirigeants de l’Union européenne que plus de 600 000 personnes étaient désormais décédées des suites du coronavirus dans le monde, et qu’il leur appartenait de faire front commun face à une crise sans précédent.

“J’espère que nous parviendrons à un accord et que, demain, l’UE aura accompli une mission impossible”, a déclaré le président du Conseil européen lors de leur troisième dîner consécutif au centre de conférence de Bruxelles. “C’est mon souhait le plus sincère … après trois jours de travail ininterrompu”.

Les dirigeants ne s’entendent pas sur la manière de créer un vaste fonds de relance destiné à aider l’Europe à sortir de sa plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale, ni sur les conditions à remplir par les pays qui en bénéficieraient.

Les diplomates ont déclaré que les dirigeants pourraient abandonner le sommet et tenter à nouveau de parvenir à un accord le mois prochain, mais comme ils ont négocié jusqu’aux premières heures de lundi, un accord semblait encore possible.

Il est question d’une enveloppe de 1,8 billion d’euros (2,06 milliards de dollars) pour le prochain budget à long terme de l’UE et le fonds de relance.

Les 750 milliards d’euros proposés pour le fonds de relance seraient levés au nom de tous ces pays sur les marchés des capitaux par l’exécutif de la Commission européenne, ce qui constituerait une étape historique vers une plus grande intégration, et seraient ensuite acheminés principalement vers les pays du pourtour méditerranéen durement touchés.

MIEUX VAUT ÊTRE AMBITIEUX QUE PRESSÉ

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a déclaré qu’il serait préférable que les dirigeants se mettent d’accord sur un paquet d’aide “ambitieux” plutôt que de conclure un accord rapide à tout prix.

“Idéalement, l’accord des dirigeants devrait être ambitieux en termes de taille et de composition du paquet … même si cela prend un peu plus de temps”, a-t-elle déclaré à Reuters.

Les commentaires de Lagarde laissent entendre qu’elle est détendue quant à la possibilité d’une réaction négative sur les marchés financiers si le sommet échoue, d’autant plus que la BCE dispose d’une caisse de guerre de plus de 1 000 milliards d’euros pour racheter la dette publique.

Les nouvelles de l’impasse de l’UE ont eu peu d’impact sur l’euro au début des échanges asiatiques, les analystes affirmant que les marchés gardaient l’espoir d’un accord.

“Je pense que l’on s’attendait à ce que nous n’obtenions pas d’accord lors de cette réunion de toute façon, mais il nous en fallait suffisamment pour nous faire croire qu’il y en aurait un en août ou en septembre”, a déclaré Chris Weston, responsable de la recherche à la maison de courtage Pepperstone à Melbourne, en Australie.

NORD V SUD

Un groupe de riches États nord-européens “frugaux” a fait pression pendant le sommet pour un fonds de relance plus petit et a cherché à limiter la manière dont les paiements sont répartis entre les subventions et les prêts remboursables.

Les discussions tendues, bien qu’encore un peu plus courtes que le sommet européen de Nice, en France, il y a 20 ans, ont mis en évidence le fossé entre le nord et le sud de l’UE.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a accusé les Pays-Bas et ses alliés – Autriche, Suède, Danemark et Finlande – de “chantage”.

La position du Premier ministre néerlandais Mark Rutte reflète les réalités politiques de son pays, où les électeurs n’apprécient pas que les Pays-Bas soient, proportionnellement, parmi les plus grands contributeurs nets au budget de l’UE.

Avec son parti conservateur, le VVD, il devra faire face à une forte opposition des partis eurosceptiques d’extrême droite lors des élections de mars prochain.

Une tentative de parvenir à un compromis a échoué dimanche. Un accord prévoyant 400 milliards d’euros de subventions – contre 500 milliards proposés – a été rejeté par le Nord, qui a déclaré qu’il considérait 350 milliards d’euros comme le maximum.

Des divergences ont également été exprimées sur une proposition de nouveau mécanisme de l’État de droit qui pourrait geler les financements accordés aux pays bafouant les principes démocratiques. La Hongrie, soutenue par la Pologne, a menacé d’opposer son veto au paquet si son déboursement était subordonné au respect de conditions relatives au respect de l’État de droit.

Pour certains, le sommet a été un moment critique pour près de 70 ans d’intégration européenne, et l’absence d’accord pourrait à la fois perturber les marchés financiers et alimenter les doutes sur l’avenir de l’Union.