19 septembre 2020

Le gouvernement de coalition de Macédoine du Nord se forme, comme prévu

Une fois de plus, à la grande joie des partisans occidentaux de la Macédoine du Nord, celle-ci s’est dotée d’un nouveau gouvernement de coalition qui ressemble beaucoup au gouvernement préélectoral de l’année dernière, avec le retour de Zoran Zaev au poste de Premier ministre.

Zaev et Ali Ahmeti, le chef de l’Union démocratique pour l’intégration (DUI), ont annoncé le 18 août qu’un accord de partage du pouvoir avait été conclu par les deux parties, reflétant essentiellement l’arrangement de coalition existant avant la démission de Zaev l’année dernière et la convocation d’élections.

La formation de la coalition a pris plus d’un mois après que l’Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM) de Zaev ait remporté une majorité électorale très mince aux élections législatives du 15 juillet, reportées en raison de la crise COVID-19. Le SDSM a remporté 46 sièges, ce qui l’a obligé à conclure un accord de coalition pour créer une majorité au sein du Parlement de 120 sièges du pays. Avec la DUI et un député albanais indépendant, la coalition disposera de 62 sièges.

Au moment des élections, la DUI avait exigé qu’un Albanais de souche devienne Premier ministre afin de reconnaître et d’étendre les accords de partage du pouvoir existants avec l’importante population albanaise du pays, dont on sait qu’elle représente au moins 25 % mais peut-être même 35 à 40 % (un nouveau recensement qui pourrait répondre à cette question extrêmement sensible a été retardé à plusieurs reprises).

Selon l’accord novateur auquel sont parvenus les deux partis, M. Zaev sera nommé premier ministre presque immédiatement, mais il transférera le bureau du premier ministre à un Albanais de souche proposé par DUI cent jours avant les prochaines élections.

Le parlement de Macédoine du Nord devra invalider un mécanisme de 2015 exigeant qu’un gouvernement technocratique/service prenne plus de cent jours avant les élections parlementaires. Ce mécanisme avait été négocié par l’Union européenne pour résoudre une dangereuse crise politique en 2015.

La plupart des analystes considèrent l’accord de coalition comme la victoire espérée pour l’Occident et une perte pour la Russie et d’autres acteurs extérieurs qui ont cherché à étendre leur influence aux dépens de l’OTAN et de l’UE.

Retour à la première vitesse à Skopje

Relancer l’économie et accélérer la trajectoire euro-atlantique de la Macédoine du Nord sont connus pour être les principaux objectifs de Zaev.

Un gouvernement intérimaire dirige la Macédoine du Nord depuis que Zaev a démissionné de son poste en janvier, comme il l’avait promis, après que l’UE n’ait pas fourni de date de début des négociations d’adhésion en octobre 2019. Le président français Emmanuel Macron avait bloqué la poursuite de l’élargissement de l’UE jusqu’à ce que des réformes importantes soient réalisées dans le cadre du processus d’adhésion, notamment que ce processus devienne effectivement réversible pour éviter un recul démocratique dans les pays candidats, au lieu d’une garantie d’entrée presque automatique, mais parfois d’une lenteur atroce.

Cette question de procédure a été résolue à Bruxelles en mars et le feu vert que la Macédoine du Nord et l’Albanie cherchaient depuis longtemps pour entamer les négociations d’adhésion a été approuvé.

Les négociations officielles d’adhésion avec l’UE débuteront cet automne, une priorité pour Berlin dans le cadre de la présidence allemande du Conseil de l’UE.

Zaev peut s’attribuer le mérite d’avoir résolu le “conflit de nom” avec la Grèce voisine et négocié les derniers détails de l’accord dit de Prespes avec le Premier ministre grec de l’époque, Alexis Tsipras, en juin 2018, qui a finalement été ratifié dans les deux pays au début de 2019.

Le pays a ensuite officiellement changé son nom de Macédoine en Macédoine du Nord, et la transition dans tous les documents officiels est en cours. L’utilisation de l’adjectif “macédonien” pour décrire les citoyens de Macédoine du Nord dans diverses enceintes reste un point d’achoppement.

Le gouvernement conservateur grec de Kyriakos Mitsotakis, élu en juillet 2019, qui s’est battu avec acharnement contre la ratification de l’accord de Prespes alors qu’il était dans l’opposition, le tolère désormais comme un engagement international préexistant de l’État grec et a promis de soutenir les efforts de Skopje vers l’intégration européenne, en s’engageant de manière positive à Bruxelles lorsque cela est possible.

Zaev avait également signé auparavant un accord d’amitié avec la Bulgarie voisine, levant ainsi un autre obstacle à la préparation de l’adhésion à l’UE, mais les voix nationalistes en Bulgarie travaillent encore dur pour maintenir les controverses concernant l’identité “macédonienne”.