14 août 2020

Le Canada va examiner des équipements de sécurité d’une valeur de 6,8 millions de dollars achetés à la Chine

Le ministre canadien des affaires étrangères, François-Phillipe Champagne, a promis d’examiner un équipement de sécurité d’une valeur de 6,8 millions de dollars acheté auprès d’une entreprise de haute technologie basée à Pékin qui s’est avérée avoir des liens avec les plus hauts niveaux du Parti communiste chinois.

Cette semaine, Global News a rapporté que le Canada a publié des détails sur le fait que la société Nuctech, basée à Pékin, une société appartenant au gouvernement chinois et fondée par le fils de l’ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, Hu Jintao, a obtenu un contrat de Global Affairs Canada (GAC) pour installer des équipements de balayage à rayons X et des systèmes logiciels pour assurer la sécurité de 170 ambassades, consulats et hauts-commissariats canadiens dans le monde.

Répondant aux questions des médias, le ministre des affaires étrangères a promis vendredi dans une déclaration d’examiner “toute question éventuelle relative à la sécurité ou à la sûreté … toutes les mesures appropriées (seront) prises pour assurer la sécurité de nos missions dans le monde”.

“Nous étudions actuellement l’offre avec la société Nuctech pour fournir certains équipements de contrôle de sécurité dans nos missions à l’étranger”, a déclaré M. Champagne dans un communiqué. “Global Affairs n’a acheté aucun équipement à Nuctech pour l’instant”.

“En outre, j’ai demandé aujourd’hui aux responsables du GAC de revoir nos pratiques d’achat en matière d’équipements de sécurité et de continuer à examiner la sécurité de nos missions dans le monde”, peut-on lire dans la déclaration.

L’accord a été signé malgré les inquiétudes croissantes de certains experts de la sécurité nationale concernant l’accès croissant de Nuctech à des installations sensibles dans le monde entier.

Nuctech a été accusée dans le passé de se livrer à des pratiques commerciales controversées en Asie, en Afrique et en Europe, notamment en offrant des prêts à taux réduits et en pratiquant le dumping illégal.

Le New York Times a fait état à plusieurs reprises d’une affaire de corruption présumée en Namibie impliquant Nuctech. Selon les procureurs namibiens, en mai 2008, trois suspects auraient reçu 12,8 millions de dollars de pots-de-vin pour aider Nuctech à obtenir un contrat de 55 millions de dollars pour un scanner à rayons X, rapporte le Times.

Les critiques des entreprises d’État ont allégué que le gouvernement chinois subventionne ses entreprises pour leur permettre de soumissionner à des prix inférieurs à ceux des concurrents occidentaux.

Pendant ce temps, en Europe, certains analystes se plaignent que Nuctech fait des percées rapides en fournissant des services aux installations de sécurité des frontières en raison du soutien de l’État chinois, des pratiques déloyales et, potentiellement, de l’influence de Pékin sur certains politiciens européens.

Stephanie Carvin, professeur à l’université de Carleton et ancienne responsable du Service canadien du renseignement de sécurité, a déclaré que le contrat de Nuctech pour les ambassades canadiennes présentait des problèmes de sécurité, mais elle pense que la stratégie “géoéconomique” de la Chine est la plus grande préoccupation.

“Ce n’est pas Huawei. Je ne suis pas aussi concerné que je le serais par les télécommunications”, a déclaré M. Carvin.

“Le problème est le fait que des entreprises comme Nuctech sont intrinsèquement anticoncurrentielles, qu’elles peuvent dans certains cas être les bénéficiaires de technologies volées, et qu’elles veulent fondamentalement prendre le dessus et saper les technologies occidentales”, a ajouté M. Carvin.