24 octobre 2020

La Grèce et la Turquie se dirigent vers une répétition de leurs “entretiens exploratoires”.

Le 22 septembre, le ministère grec des affaires étrangères a annoncé que la Grèce et la Turquie retourneraient à la table des négociations pour tenir, pour la 61e fois, des pourparlers exploratoires qui ont débuté en 2002 et qui visent à trouver une solution à leur principal désaccord bilatéral, à savoir les différends sur le plateau continental des deux pays et la délimitation de leurs zones maritimes respectives.

Le retour à ce format n’a pas été facile et a été le résultat de longues et continues discussions. Le processus a été interrompu pour la première fois en 2016, peu avant le prétendu coup d’État contre le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Depuis lors, la Turquie a été transformée en un pays très différent par un Erdogan de plus en plus dictatorial. Cela a conduit les Turcs à présenter à la table des négociations des exigences encore plus inacceptables. Malgré cela, la position grecque a toujours été que tout type de dialogue est le bienvenu tant qu’il se limite à des différends qui peuvent être identifiés selon le droit international.

Un retour à la table des négociations semble tiré par les cheveux ces dernières semaines en raison des provocations continues de la Turquie en Méditerranée orientale, notamment le déploiement de la Oruc Reis sur le plateau continental de la Grèce, un geste qui a été considéré par Athènes et la communauté internationale comme un acte d’agression grave. Depuis, la Grèce a demandé que l’UE sanctionne la Turquie lors du prochain sommet extraordinaire du Conseil européen. Cependant, des acteurs clés comme l’Allemagne et la Commission européenne ont décidé de méditer et, espérons-le, de résoudre la crise, même pour une courte période, car les tensions en Méditerranée orientale atteignaient un point de non-retour potentiel.

La chancelière allemande Angela Merkel, l’un des rares dirigeants européens à avoir à la fois un accès direct et une influence significative sur Erdogan, a décidé d’aider à la désescalade. Comme pour chaque “action de Merkel”, la tentative de médiation de la chancelière a été considérée comme intentionnellement étouffée dans la mesure où elle a cédé aux pressions de la France et a reconnu qu’une discussion sur un ensemble potentiel de sanctions contre la Turquie était inévitable. Elle a également envoyé des messages clairs à la Turquie, indiquant qu’une relation UE-Turquie renforcée, qui est vitale pour les intérêts de l’Allemagne, pourrait être relancée à la suite d’une désescalade.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo (à gauche) et le président chypriote Nicos Anastasiades (à droite) font des déclarations lors d’une conférence de presse au palais présidentiel à Nicosie, Chypre. La visite éclair de Pompeo à Chypre le 12 septembre avait pour but de désamorcer une confrontation entre la Grèce et la Turquie sur les réserves énergétiques de la Méditerranée orientale. EPA-EFE//PETROS KARADJIAS

Le conseiller diplomatique de Merkel, Jan Hecker, a également été très actif sur le terrain. Hecker a maintenu une ligne ouverte avec le conseiller diplomatique du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, l’ambassadeur Eleni Sourani, et le directeur des communications de la présidence turque, Ibrahim Kalin.

Sourani et Kalin ont également maintenu une ligne de communication directe, ce qui a été considéré comme utile. Le message d’Athènes à l’autre partie est resté clair depuis le début – il n’y aura pas de discussion sur une éventuelle reprise des pourparlers exploratoires à moins que la Turquie ne retire le Oruc Reis, et les navires d’accompagnement des forces navales turques, en dehors de la zone. Si la Turquie acceptait de se conformer, la Grèce a déclaré qu’elle retirerait aussi progressivement ses navires de guerre de la zone.

Les deux parties se dirigent très probablement vers le prochain cycle de discussions après l’EUCO, qui a été reprogrammé pour les 1er et 2 octobre, en raison d’une affaire de corona impliquant un individu dans le cercle restreint du président du Conseil de l’UE, Charles Michel.

Des “sanctions systémiques” pour la Turquie, c’est-à-dire des sanctions contre des entreprises et d’autres entités, sont sur la table. Toutefois, les sanctions ne seront pas activées à ce stade. À ce stade, seule Chypre fait pression pour un ensemble de sanctions plus étendu contre les individus et les entités. Les Chypriotes ont déclaré à Nouvelle Europe que le pays continuerait à opposer son veto, comme il l’a déjà fait, à la décision du Conseil européen de sanctionner le Belarus jusqu’à ce que l’UE soutienne Chypre et la Grèce contre la Turquie.