19 octobre 2020

La Géorgie peut-elle garantir des élections équitables lorsque l’État de droit est ignoré et que les questions relatives à l’influence russe ne disparaissent pas ?

Dans son récent rapport sur l’état de l’Union, le président Von der Leyen a déclaré que “le peuple du Belarus n’est pas une pièce sur l’échiquier d’un autre pays”, en référence au rôle de la Russie dans le voisinage oriental de l’Europe. Cela pourrait également s’appliquer à la Géorgie.

La Géorgie a longtemps été considérée à juste titre comme un pays attrayant et de plus en plus ouvert aux affaires. Même lors de l’invasion russe en 2008, le pays semblait prendre fermement des mesures en faveur d’un avenir démocratique et orienté vers le marché. Il s’alignait progressivement sur les marchés occidentaux et sur le programme Foreign Direct L’investissement (IDE) était en plein essor.

L’avenir s’annonçait prometteur, l’accent étant mis sur l’État de droit, les marchés libres et la démocratie libérale, malgré l’occupation en cours.

Pourtant, ces dernières années, le progrès s’est arrêté. L’IDE a chuté de près d’un tiers depuis 2017, mais il y a une explication claire : les récentes actions continues du gouvernement qui semblent menacer la protection des investisseurs et contourner l’État de droit. Il s’agit d’une pente glissante qui aura des répercussions non seulement sur l’économie, mais qui risque également d’annuler bon nombre de ses gains en matière de développement humain au cours des dernières

quelques années. On craint également que le changement de comportement du gouvernement ne risque d’éloigner le pays de la famille des nations euro-atlantiques.

Les Géorgiens pro-russes défilent dans le vieux Tbilissi en revenant sur l’objectif déclaré du pays de rejoindre un jour l’alliance militaire de l’OTAN. EPA//ZURAB KURTSIKIDZE

La Géorgie a récemment laissé passer l’occasion de construire à Anaklia le premier port en eau profonde de l’est de la mer Noire, ce qui aurait remis en question la domination des ports russes en mer Noire. Cependant, avant même que le projet ne puisse démarrer, les investisseurs étrangers se sont retirés après que le gouvernement a retiré ses garanties pour souscrire leurs prêts. Les raisons de cette décision, apparemment contre-productive, sont les suivantes inconnue, mais on pense que la désapprobation de la Russie est une motivation. En conséquence, la Géorgie a manqué l’occasion de construire des infrastructures stratégiques clés qui auraient affaibli l’influence régionale de la Russie.

Plus récemment, le gouvernement géorgien a tenté d’inverser le rachat d’un important fournisseur de services Internet. En 2019, Caucasus Online a été racheté par une entreprise azérie. Ce rachat a été important en partie parce que l’Azerbaïdjan est le plus grand investisseur étranger en Géorgie et qu’il a donné à une entreprise azérie la propriété de la section géorgienne d’un projet d’infrastructure numérique plus vaste visant à construire un câble à fibre optique
reliant l’Asie et l’Europe.

Le projet ferait de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan le centre d’un plus grand pôle régional numérique et fournirait un accès rapide à l’internet à 1,8 milliard de personnes. Son L’importance de ce phénomène se fait sentir bien au-delà du Caucase, l’UE s’y intéressant vivement car la route qui traverse la Géorgie est la seule qui permettrait d’éviter que les câbles et les données qu’ils transportent ne passent par la Russie ou l’Iran.

Bien qu’il ait été pleinement informé de l’accord, le gouvernement a tenté de le renverser presque immédiatement après la vente, en se hâtant de modifier la loi lors des sessions parlementaires tardives pour donner leur des pouvoirs de régulation sans précédent, notamment pour nommer des administrateurs qui peuvent disposer à volonté des actifs et du personnel des entreprises privées.

Dans ce cas précis, cependant, l’investissement en Géorgie risque effectivement d’être exproprié par le gouvernement, et l’ensemble du projet de pipeline de fibres optiques est également menacé.

Ce type d’approche compromet considérablement les tentatives d’attirer les investissements étrangers. Les investissements suivent des systèmes juridiques solides et lorsque l’État de droit est menacé, cela conduit non seulement à la corruption, mais constitue également l’une des barrières non tarifaires au commerce qui faussent le plus le marché. Elle prive un pays d’investissements, récompense des fonctionnaires amis et escroque les consommateurs locaux, tout en laissant le pays ouvert à la possibilité de voir la même chose arriver à ses investissements dans d’autres pays. Le drame est qu’elle s’inflige entièrement à elle-même.

Les Géorgiens se rendent aux urnes en octobre. Dans un tel environnement, la communauté internationale peut-elle être sûre que l’élection sera libre et équitable ? Surtout si d’autres sociétés de télécommunications et fournisseurs d’accès à Internet sont potentiellement confrontés à la même menace ? Ces questions commencent maintenant à être posées à Bruxelles.

Tout cela risque d’ébranler la confiance des Occidentaux en Géorgie et de donner l’impression que le pays s’éloigne des normes internationales. Les États-Unis, par exemple, ont récemment retenu 15 % de leur aide et décidé d’envoyer une élection de la mission d’observation dans le pays, tout comme l’OSCE/BIDDH.

La Géorgie risque de développer une réputation non désirée de lieu où l’État de droit et la protection des investissements sont tous deux menacés. Pour un pays qui occupe une position stratégique clé entre l’UE et l’Asie, et qui est encore en partie occupé par la Russie, voir sa politique intérieure imiter celle de son occupant est très préoccupant.