15 août 2020

La BCE prépare une aide accrue pour l’économie de la zone euro afin d’aider la récession induite par Covid

La Banque centrale européenne est certaine de donner une nouvelle chance à l’économie de la zone euro et la seule question qui se pose est celle du calendrier, les arguments étant partagés entre un mouvement jeudi et le fait de tenir jusqu’en juillet.

Alors qu’une récession induite par le coronavirus est plus profonde et plus longue que prévu, les gouvernements enregistrent des déficits records pour en amortir l’impact, ce qui fait peser un fardeau plus lourd sur la BCE pour absorber cette nouvelle dette et maintenir des coûts d’emprunt gérables, a rapporté l’agence Reuters.

La BCE a clairement fait savoir qu’elle ferait sa part et la gravité de la récession plaide pour une action plus rapide. Mais un accord politique encore incertain sur le soutien budgétaire à l’échelle de l’Union européenne renforce la nécessité de faire preuve de patience.

“Les arguments pour et contre l’augmentation des mesures de relance sont bien équilibrés”, a déclaré l’économiste Holger Schmieding de Berenberg. “Dans l’ensemble, nous voyons une probabilité de 60 % que la BCE augmente son objectif d’achat d’actifs jeudi, probablement de 500 milliards d’euros (446,8 milliards de livres)”.

Il est presque certain que les taux d’intérêt resteront inchangés, car le taux de dépôt de la BCE (moins 0,5 %) est déjà à un niveau historiquement bas et de nombreux décideurs politiques estiment que de nouvelles mesures seraient contre-productives.

La récente décision de la Cour constitutionnelle allemande, selon laquelle la BCE a outrepassé son mandat et la Bundesbank doit abandonner un programme d’achat d’obligations clés, pourrait renforcer l’argument en faveur d’une action plus précoce.

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Défiant la décision, la BCE a déclaré que le tribunal allemand n’était pas compétent pour ses décisions politiques. Une décision importante ce jeudi pourrait apaiser les craintes qu’un tribunal national, même dans la plus grande économie du bloc, puisse contraindre l’une des institutions les plus puissantes de la zone euro de 19 pays.

La BCE rend sa décision politique à 1145 GMT et la présidente de la BCE, Christine Lagarde, tient une conférence de presse à 1230 GMT.

PLUS D’IMPRESSION D’ARGENT

La première étape pour la BCE sera d’augmenter la taille de son programme d’achat d’urgence en cas de pandémie, d’un montant de 750 milliards d’euros, mais les décideurs politiques vont probablement aussi débattre d’une prolongation au-delà de la fin de l’année 2020, car le coût financier de la crise aura certainement un impact l’année prochaine également.

Les économistes interrogés par Reuters s’attendent à ce que la banque complète le plan de 375 milliards d’euros, car ils voient l’économie se contracter de 7,5 % cette année.

Mais les risques sont orientés vers une augmentation encore plus importante étant donné que Lagarde a récemment prédit une baisse du PIB de l’ordre de 8 à 12 %.

Le problème est que les rendements de certains pays endettés restent élevés alors même que la BCE achète des volumes records de dette, ce qui la met en route pour épuiser son quota d’achat au début de l’automne.

Les obligations italiennes à 10 ans rapportent toujours près de 200 points de base de plus que la dette allemande similaire, bien au-dessus des niveaux d’avant la crise, ce qui soulève des doutes sur la viabilité à long terme de la dette du pays. L’Italie est l’un des pays les plus touchés par la pandémie.


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“Le choc économique est plus important que prévu ; les besoins de financement resteront très importants”, a déclaré la Bank of America Merrill Lynch. “Les aides existantes et prévues par l’UE, même si elles sont pleinement utilisées, ne sont pas suffisantes pour aider les marchés à absorber de tels besoins”.

La BCE pourrait également commencer à acheter des obligations d’entreprises qui ont récemment perdu leur notation de crédit de qualité.

Bien qu’une telle décision soit controversée, la banque a déjà averti que des dégradations de notation sont à venir et que le marché privé ne peut tout simplement pas absorber la nouvelle offre de dette spéculative, ce qui augmente le risque d’un krach.

Une solution provisoire consisterait à acheter temporairement ces “anges déchus”, ce qui donnerait aux entreprises le temps de retrouver un statut d’investissement avant que la BCE ne les retire de son programme d’achat.

La lenteur des efforts de l’Union européenne pour finaliser sa proposition de fonds de relance de 750 milliards d’euros est un argument de poids contre un assouplissement des politiques jeudi.

La BCE pourrait tenir bon pour maintenir la pression sur les dirigeants politiques de l’UE et pour voir quel type de dette le bloc va émettre, car elle est susceptible de devenir le plus gros acheteur de toute nouvelle obligation.