19 octobre 2020

Dans un procès néo-nazi historique, un tribunal grec déclare le parti Golden Dawn coupable de diriger une organisation criminelle

Dans ce qui est considéré comme le plus grand procès nazi depuis Nuremberg, un tribunal grec a jugé mercredi la direction du parti néo-nazi Golden Dawn et ses membres coupables d’avoir formé et dirigé une organisation criminelle.

En attendant le verdict, quelque 20 000 personnes ont manifesté devant la cour d’appel d’Athènes, brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire “Ils ne sont pas innocents” et demandant la l’emprisonnement des membres de la Golden Dawn.

Le verdict historique de la cour d’appel d’Athènes est intervenu 5 ans et demi après le début du procès, au cours duquel 453 audiences ont eu lieu, comprenant les dépositions de 131 témoins et 68 accusés, mettant ainsi fin aux plus longues audiences judiciaires des temps modernes.

Le panel de trois juges a dû rendre un verdict dans quatre affaires, dont la tentative de meurtre de syndicalistes communistes et de leur leader Sotiris Poulikogiannis au cours du même mois, la tentative de meurtre du pêcheur immigré égyptien Abouzid Embarak à son domicile en juin 2012, et enfin l’accusation de diriger une organisation criminelle à laquelle sont confrontés les dirigeants de la Golden Dawn.

L’affaire la plus connue concerne le membre de la direction d’une branche locale de Golden Dawn, Giorgos Roupakias, qui a avoué avoir assassiné le rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, connu sous le nom de “Killah P”, en poignardant à mort l’artiste de 34 ans juste après minuit le 18 septembre 2013, à Keratsini, Athènes.

Bien que certains membres de la Golden Dawn aient déjà été reconnus coupables du meurtre à Athènes d’un fruitier pakistanais, Shahzad Lukman, en janvier 2013, c’est l’attaque contre Fyssas qui a conduit à l’arrestation de la direction politique du parti et à l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Le chef du parti d’extrême droite Golden Dawn (Chryssi Avgi), Nikos Michaloliakos, s’exprime lors d’une conférence de presse à Athènes, en Grèce, le 6 mai 2012. Le parti d’extrême droite Golden Dawn devait faire ses débuts au Parlement après avoir obtenu entre 6 et 8 % des voix, bien avant le seuil de 3 % nécessaire pour entrer au parlement. APE/STR

Golden Dawn, bien que formé au milieu des années 1980 par Nikolaos Michaloliakos, un commandant de l’armée et négationniste de l’Holocauste, a pris de l’importance en 2012, au milieu des temps les plus difficiles de la Grèce, pendant la crise économique qui a provoqué la colère populaire contre les politiques d’austérité mandatées par l’UE, et a donné au parti la troisième place au parlement national. Les élections nationales tenues en 2019 ont montré que le parti est passé de la troisième place à la perte de tous ses sièges au Parlement, tandis que le jugement du 7 octobre a montré que l’Aube dorée ne peut pas fonctionner en toute impunité.

Au centre du procès pénal prévu par le code pénal grec se trouvaient le leader de Golden Dawn, Michaloliakos, et 18 anciens députés, élus en 2012. Michaloliakos, ainsi que six autres députés, Ilias Kasidiaris, Ioannis Lagos, Christos Pappas, Artemis Matthaiopoulos, Ilias Panagiotaros et Giorgos Germenis, qui forment la direction du parti néo-nazi, ont été reconnus coupables d’avoir formé et dirigé une organisation criminelle, tandis que le reste des députés ont été condamnés pour avoir rejoint une organisation criminelle.

La Cour d’appel d’Athènes a également déclaré Roupakias coupable du meurtre du rappeur antifasciste Fyssas, tout en déclarant complices les autres accusés, à l’exception de Stavros Santorinaios et Giorgos Tsakanikas, qui ont été acquittés pour cause de doute raisonnable. Santorinaios et Tsakanikas ont été reconnus coupables de possession et de port d’armes illégaux. Les responsables de la justice ont toutefois déclaré qu’il pourrait falloir plusieurs jours de procédures judiciaires avant qu’elles ne soient officiellement annoncées.

Si Golden Dawn était reconnue innocente, elle pourrait également réclamer environ 8 millions d’euros de financement public pour leur mandat parlementaire qui a été suspendu en attendant le verdict.

Cependant, l’importance du jugement s’étend au-delà de la Grèce ; Golden Dawn a été un “modèle de réussite” pour les organisations d’extrême droite qui envisagent de patrouiller dans les quartiers, de punir les opposants politiques et idéologiques, de cibler les personnes issues de l’immigration et d’intimider l’opposition tout en gagnant du terrain sur le plan électoral.

La condamnation de Golden Dawn s’étend également au Parlement européen, puisque son ancien député, Lagos, de la soi-disant “Chrysi Avgi”, qui figurait parmi les personnes condamnées mercredi, occupe désormais un siège au sein de l’organe de l’UE. Lagos a déjà été condamné pour avoir orchestré l’attaque du centre social Synergeio à Athènes en 2013, alors qu’une classe d’anglais pour les jeunes enfants avait lieu. Suite au verdict du tribunal grec, mercredi, les députés ont demandé au Président du Parlement européen, David Sassoli, de lancer les procédures nécessaires pour interdire au membre de la Golden Dawn de participer aux travaux du Parlement européen.