4 août 2020

Changer la donne ? Comment le fonds de relance Covid-19, doté de 858 milliards de dollars, va secouer les marchés obligataires de l’UE

L’Union européenne est sur le point de se hisser au rang des plus grands émetteurs supranationaux du monde après avoir donné le feu vert à un fonds de relance financé par la dette commune, une initiative qui pourrait bien secouer les marchés de la dette en euros.

Les dirigeants européens ont conclu un accord sur un fonds de 750 milliards d’euros (858 milliards de dollars) destiné à réparer les dommages causés par le Covid-19. Ce fonds, ainsi que son budget sur sept ans, permettra d’augmenter les dépenses de 1,8 billion d’euros au total.

Jusqu’à présent, l’UE en tant qu’institution a contribué à une fraction du marché des obligations d’État et d’agences de l’Union, qui représente environ 8 500 milliards d’euros. Mais l’argent qu’elle s’apprête à lever pourrait faire passer son niveau d’endettement au-dessus de celui d’États membres tels que les Pays-Bas.

“Pour la première fois, l’Union européenne sera une force majeure sur les marchés de la dette souveraine”, a déclaré Holger Schmieding, économiste en chef de Berenberg.

1. Super Dépenseur

L’UE a actuellement un encours de dette d’environ 54 milliards d’euros, n’ayant rien emprunté l’année dernière et seulement 5 milliards d’euros en 2018.

Mais si la totalité des 750 milliards d’euros est levée sur les marchés obligataires, les émissions pourraient s’élever à 262,5 milliards d’euros l’année prochaine et en 2022, les 225 milliards d’euros restants venant en 2023, estime Antoine Bouvet, stratégiste senior des taux chez ING.

En comparaison, les émissions annuelles brutes de la Banque européenne d’investissement, de l’UE, du Fonds européen de stabilité financière et du Mécanisme européen de stabilité se sont élevées en moyenne à 67 milliards d’euros par an en 2015-19.

L’encours de la dette de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement s’élève à environ 201 milliards de dollars.

L’UE va également emprunter près de 100 milliards d’euros à partir de septembre pour financer son programme de lutte contre le chômage SURE.

Mais l’émission ne réduira pas encore de manière significative l’offre d’obligations provenant d’États très endettés comme l’Italie, étant donné qu’elle sera étalée sur quelques années.

2. Actif AAA

Le financement du fonds par des obligations européennes communes constitue un grand pas vers la mutualisation de la dette des États membres.

“De tels passifs communs pour l’Union européenne sont d’une ampleur sans précédent”, a déclaré Sébastien Galy, macro-stratège principal chez Nordea Asset Management.

Elle abordera également l’un des inconvénients de l’euro pour les gestionnaires de réserves : l’absence d’un grand nombre d’actifs “sûrs”, comparables aux obligations du Trésor américain – un marché noté triple A d’une valeur de plus de 17 000 milliards de dollars.

Les marchés obligataires allemand, français et italien réunis sont moins de la moitié de cette taille, et seule l’Allemagne détient le score AAA.

L’UE a cependant obtenu une note triple A de Moody’s, Fitch, DBRS et Scope. S&P Global lui attribue la note AA. Les agences suggèrent que l’augmentation imminente de la dette n’est pas encore une menace pour les notations.

3. Coup de pouce vert

La Commission européenne prévoyant de consacrer 30 % du fonds aux projets climatiques, un tiers du fonds de relance pourrait être financé par des obligations vertes, prévoit S&P Global. Cela permettrait d’augmenter la taille du marché mondial des obligations vertes de 89 %.

Les obligations vertes ne représentent actuellement que 3,7 % des émissions mondiales.

“À l’heure où les marchés recherchent des emprunteurs sûrs, cela devrait servir d’exemple à d’autres institutions supranationales (comme la Banque mondiale) pour financer des investissements indispensables, en particulier pour lutter contre le réchauffement climatique”, a déclaré Florence Pisani, responsable mondiale de la recherche économique chez Candriam.

4. Allègement de la BCE

La Banque centrale européenne aura également l’occasion d’accélérer l’achat de dettes supranationales pour son programme de relance.

Les premiers mois du programme d’achat d’obligations d’urgence de la BCE, lancé en mars, ont vu l’achat d’une part de supra dette plus petite que d’habitude, a noté BNP Paribas, mais la banque s’attend à ce que l’offre de supra nouvelle atteigne 96 milliards d’euros dans les mois à venir.

Elle prévoit que la part des achats d’obligations publiques par le PEPP allouée à la dette supranationale pourrait passer de 7,5 % actuellement à au moins 10 % au cours du second semestre 2020.