9 août 2020

Airbus propose un compromis sur les suppressions d’emplois en échange de programmes financés par le gouvernement

L’Airbus européen a laissé la porte ouverte mercredi à la réduction de ses 15 000 suppressions d’emplois prévues en échange de programmes de travail et de recherche financés par le gouvernement, car sa restructuration par coronavirus a alimenté l’alarme politique et syndicale.

Le plus grand groupe aérospatial européen prévoit de réduire de 11 % sa main-d’œuvre mondiale, après une chute de 40 % de son activité de 55 milliards d’euros (61,8 milliards de dollars) dans le secteur des avions à réaction, ce qui suscite des craintes quant aux licenciements obligatoires en France, en Allemagne, en Espagne et en Grande-Bretagne.

La France a demandé à Airbus de procéder à un minimum de licenciements forcés, tandis que les syndicats français et allemand ont déclaré que les coupes obligatoires chez le constructeur européen étaient une “ligne rouge”.

“L’État presse Airbus de veiller à ce qu’il y ait le moins de licenciements forcés possible”, a déclaré le ministre français des transports, Jean-Baptiste Djebbari, à BFM TV.

Le ministre allemand de l’économie, Peter Altmaier, a exhorté Airbus à répartir équitablement le fardeau.

“Nous partons bien sûr du principe que cette restructuration se fera de manière à ne favoriser ni à désavantager aucun pays”, a-t-il déclaré en faisant clairement référence au maintien de l’équilibre avec la France.

Le directeur général Guillaume Faury a mis en garde le personnel contre le retour à des programmes nationaux ou régionaux qui ont tourmenté l’entreprise franco-allemande dans le passé alors que les travailleurs se battaient pour l’emploi.

“Nous avons réussi parce que nous avons un ADN européen et mondial et grâce à cet esprit de partenariat qui est très particulier à Airbus”, a déclaré Faury à Reuters mardi en fin de journée.

Plus des deux tiers des réductions sont effectuées en France et en Allemagne, où les sites Airbus fonctionnent 40 % en dessous des niveaux d’avant la crise.

Dans une présentation finement équilibrée, Airbus a annoncé son intention de supprimer 5 000 postes en France, 5 100 en Allemagne, 900 en Espagne, 1 700 au Royaume-Uni et 1 300 ailleurs d’ici la mi-2002.

Le total comprend 900 autres réductions non-Covid qu’Airbus dit avoir déjà prévues dans son unité Premium AEROTEC, ce qui signifie qu’un total de 6 000 postes sont visés par le régime en Allemagne.

Faury a déclaré plus tard dans une interview publiée par le journal Les Echos mercredi qu’aucune fermeture d’usine “n’était prévue”.


CONCESSIONS

Thierry Baril, chef des ressources humaines, a déclaré mercredi aux journalistes qu’un cinquième des 5 000 suppressions d’emplois prévues en France pourrait être évité une fois que le gouvernement français aura officialisé un nouveau plan de réduction du travail, ce qui devrait être fait la semaine prochaine.

500 autres postes d’ingénieurs pourraient être sauvés grâce à l’investissement promis par l’État dans la prochaine génération de jets verts.

Airbus a évoqué la possibilité de sauver 1 500 autres emplois en Allemagne grâce à une aide similaire.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré qu’il travaillait avec Airbus pour trouver des moyens de maintenir les emplois dans le pays.

La France et l’Allemagne possèdent chacune 11 % d’Airbus et l’Espagne 4 %, bien que leur pouvoir d’intervention directe soit limité.

Selon des sources de l’industrie aéronautique, le marchandage sur les emplois et les aides gouvernementales est courant et des concessions sont attendues. Mais l’objectif déclaré d’Airbus de supprimer des emplois à temps plein est trois fois plus important que son précédent plan de relance de 2008, qui prévoyait la suppression de 5 000 postes à temps plein, plus 5 000 postes temporaires.

En 51 ans, Airbus a jusqu’à présent évité d’importants licenciements forcés en défiant Boeing pour une place sur le marché mondial de l’aviation et a ensuite connu des années de demande record.

Le syndicat français Force Ouvrière a déclaré qu’empêcher de telles coupes était une “ligne rouge”.

Le syndicat allemand IG Metall a déclaré qu’Airbus ne devait pas se cacher derrière la crise du coronavirus pour mettre en œuvre les objectifs de réduction des effectifs fixés précédemment.

Djebbari, le ministre français, a confirmé qu’Air France prévoyait de supprimer près de 7 600 emplois cette semaine

M. Djebbari a exhorté Air France à réduire au minimum les licenciements obligatoires, après que le gouvernement ait accepté une aide d’État de 7 milliards d’euros (7,9 milliards de dollars) en faveur de la compagnie.

“Ce n’est pas 7 milliards d’euros pour payer les programmes de licenciement. C’est 7 milliards pour la survie, pour payer les salaires à la fin du mois”, a déclaré le ministre.