22 octobre 2020

Affaire Huawei CFO : La Chine accuse les États-Unis et le Canada d’abuser du traité d’extradition

Jeudi, la Chine a accusé les États-Unis et le Canada d’abuser de leur traité d’extradition bilatéral pour des raisons politiques. En effet, un tribunal de Colombie-Britannique a décidé que l’affaire contre le directeur financier de Huawei, Meng Wanzhou, répondait au seuil de la double incrimination – les accusations seraient des crimes dans les deux pays d’Amérique du Nord.

La Cour suprême de Colombie britannique a jugé mercredi que le cas de Meng répond au critère d’extradition canadien de “double incrimination”, a rapporté l’agence de presse Xinhua de Vancouver. Meng, qui est la vice-présidente du conseil d’administration de la société chinoise et la fille de son fondateur Ren Zhengfei, a été arrêtée à Vancouver en décembre 2018 pour fraude bancaire.

La femme de 48 ans est également accusée d’avoir trompé la banque d’investissement HSBC Holdings sur les transactions de sa société avec le gouvernement iranien, que les États-Unis avaient sanctionnées. Meng lutte contre l’extradition vers les États-Unis.

L’arrestation de Meng avait stupéfié la Chine, compte tenu du statut iconique de Huawei qui est la plus grande entreprise privée de la centrale asiatique. Les États-Unis ont interdit l’utilisation des produits et de la technologie de Huawei dans leur réseau de télécommunications, invoquant des problèmes de sécurité. La Chine et Huawei ont toutes deux réagi vivement à la décision de la cour, affirmant qu’elle est motivée par des raisons politiques.

D'après d'anciens procureurs fédéraux, poursuivre Meng Wanzhou, 46 ans, pour fraude bancaire présumée s'est avéré être une meilleure ligne d'attaque que d'essayer de monter un dossier pour des raisons de sécurité nationale. Photo : Bloomberg

D’après d’anciens procureurs fédéraux, poursuivre Meng Wanzhou, 46 ans, pour fraude bancaire présumée s’est avéré être une meilleure ligne d’attaque que d’essayer de monter un dossier pour des raisons de sécurité nationale. Photo : Bloomberg

Le porte-parole de l’ambassade de Chine au Canada a déclaré à CBC News : “Le but des États-Unis est de faire tomber Huawei et d’autres entreprises chinoises de haute technologie, et le Canada a agi dans le processus comme un complice des États-Unis. Toute cette affaire est un incident politique grave”.

Huawei, dont le siège est à Shenzhen, a déclaré : “Nous avons à plusieurs reprises exprimé notre confiance dans l’innocence de Meng. Huawei continue à soutenir Meng dans sa quête de justice et de liberté”.

“Nous espérons que le système judiciaire canadien finira par prouver l’innocence de Meng. Les avocats de Meng continueront à travailler sans relâche pour que justice soit rendue”, selon la déclaration.

Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Zhao Lijian, a demandé mardi au Canada de corriger immédiatement son erreur, de libérer Meng et de garantir son retour en Chine en toute sécurité. Il a déclaré que les États-Unis et le Canada ont abusé de leur traité bilatéral d’extradition et ont arbitrairement pris des mesures obligatoires contre un citoyen chinois sans motif. “Il s’agit d’un incident politique grave qui viole grossièrement les droits et intérêts légitimes du citoyen chinois”, a déclaré Zhao.

Les États-Unis veulent que Meng soit jugé pour des accusations liées à la violation présumée des sanctions américaines contre l’Iran. Son affaire a créé un sérieux fossé entre la Chine et le Canada. L’avocat principal de Meng, Richard Peck, a fait valoir devant le tribunal qu’il est effectivement demandé au Canada “d’appliquer les sanctions américaines”, a rapporté la BBC.

La juge en chef adjointe Heather Holmes a déclaré devant la Cour suprême de Colombie-Britannique à Vancouver que les crimes dont M. Meng est accusé aux États-Unis auraient également été des crimes au Canada en 2018. L’approche adoptée par les avocats de Meng, si elle était confirmée, “limiterait sérieusement la capacité du Canada à remplir ses obligations internationales dans le contexte de l’extradition pour fraude et autres crimes économiques”, a-t-elle ajouté.

Le dernier verdict du tribunal n’est qu’une première étape dans la lutte de Meng contre l’extradition américaine, bien qu’il porte un coup à la Chine et à Huawei.

Une décision en faveur de Meng aurait aidé la Chine à dépeindre les États-Unis comme un tyran et aurait donné un coup de pouce à Huawei qui cherche à jouer un rôle plus important dans les réseaux mondiaux 5G, selon le rapport.

Le cas de Meng passe maintenant à une autre série d’audiences visant à déterminer si la police canadienne l’a arrêtée en violation de ses droits. Si elle obtient gain de cause, Meng sera renvoyée chez elle, peut-être un peu plus tard que prévu mais avec autant de liberté, selon le rapport.

Après l’arrestation de Meng, la Chine a détenu deux Canadiens, l’ancien diplomate Michael Kovrig et l’entrepreneur Michael Spavor, dans un acte largement considéré comme des représailles. Sur le papier, ils ont été accusés d’avoir porté atteinte à la sécurité nationale de la Chine. La Chine avait également arrêté certaines importations canadiennes importantes.