Des moines sénégalais cherchent Dieu à travers la musique kora – FRANCE 24

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Keur Moussa (Sénégal) (AFP)

Des moines en habit bleu-gris lèvent les mains en signe de supplication avant de se lancer dans un chant accompagné du twang chantant de la kora, une harpe traditionnelle d’Afrique de l’Ouest.

C’est la prière du milieu de l’après-midi dans l’abbaye de Keur Moussa, juste à l’est de Dakar, la capitale du Sénégal, un complexe tranquille de 25 hectares rempli d’arbres fruitiers et de jardins d’herbes aromatiques – et célèbre pour sa relation avec la kora.

Des dizaines de moines chantent dans une église moderniste sous une peinture murale rouge et noire de la nativité et de la crucifixion dans laquelle Jésus est représenté comme un Africain.

Ici, sept fois par jour, les frères bénédictins chantent les gloires de Dieu au son de la kora à 21 cordes.

Dans l’atelier du monastère, les moines luthiers fabriquent également des koras très demandées par les musiciens professionnels.

Dans toute la région environnante majoritairement musulmane et dans le monde catholique au sens large, l’abbaye de Keur Moussa est réputée pour ses harpes et leur contribution au culte.

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« C’est un instrument qui permet à la parole de Dieu de s’épanouir », dit le père Olivier-Marie Sarr, l’abbé.

Debout dans le cloître ombragé derrière l’église, une croix en or bruni autour du cou, l’homme de 45 ans explique que l’utilisation de la culture locale rapproche les fidèles de Dieu.

« La kora est comme un pont, dit le père Olivier. “Cela nous aide à transcender quelque chose, à élever l’âme”.

– ‘Une partie de notre culte’ –

Les koras ont longtemps été l’instrument de prédilection des chanteurs, conteurs et historiens oraux traditionnels ouest-africains appelés « griots ».

Cueillie à deux mains, la kora délicate et au long cou a une caisse de résonance constituée d’une calebasse sur laquelle est tendue une peau de vache.

Le père Olivier raconte comment les bénédictins français qui ont fondé Keur Moussa en 1963 ont été émerveillés par le son de l’instrument, qui, selon eux, pouvait remplacer l’orgue lors de l’interprétation du chant grégorien.

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Un atelier de kora suivit bientôt.

Aujourd’hui, les instruments produits à Keur Moussa sont devenus une référence pour les musiciens de tournée et les membres éminents des familles de griots.

« On trouve des Koras de Keur Moussa sur tous les continents », dit fièrement frère Marie Firmin.

Lui et un autre moine produisent entre 40 et 50 koras par an dans un petit atelier parsemé d’instruments à moitié finis, de matériel de menuiserie et d’iconographie religieuse.

Un laïc est également employé pour continuer le travail essentiel lorsque les moines sont appelés à l’église.

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Ils font de bonnes affaires. Les ventes de Kora représentent environ un tiers des revenus du monastère, selon les moines, les modèles de la plus haute qualité atteignant environ 1 000 euros (1 200 $).

Frère Marie Firmin dit qu’ils vendent de nombreux instruments en Europe, mais que d’autres monastères africains sont également de gros acheteurs.

« Cela fait partie de notre culte », dit-il.

– ‘Harmonie avec Dieu’ –

La plupart des quelque 35 moines de Keur Moussa sont sénégalais, faisant partie d’une petite minorité chrétienne dans un pays où plus de 95 pour cent de la population est musulmane.

Mais il y a aussi des frères de toute l’Afrique francophone, dont la Guinée, le Togo, le Bénin, le Cameroun et le Gabon.

« La vie monastique est une vocation », dit frère Bernard, un Camerounais qui a étudié à Rome pendant des années.

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Mais il explique que le choix du monastère est dû à une préférence personnelle, et souvent influencé par les magazines et publications qui circulent dans le monde monastique.

Keur Moussa est réputé parmi le clergé catholique pour sa musique.

« C’est à cause de la musique que j’ai décidé de venir », dit frère Bernard, qui parle sur le même ton feutré que beaucoup d’autres moines.

Le père Olivier, l’abbé, a fait de la kora le symbole de Keur Moussa, dont la « belle » musique accompagne la routine implacable de la vie monastique.

“Cela nous permet de construire une certaine harmonie entre nous, et aussi une harmonie avec Dieu”, a-t-il déclaré.